Chroniques d’une Punkette

PoulpyDathor

« Giflez-moi. Frappez-moi. Mettez-moi à terre. Faites-moi tellement mal en tapant que je n’aurai plus la force ni de penser, ni de me rappeler, ni de sourire, ni de pleurer ou même de garder l’esprit clair. Mais s’il vous plait, anéantissez aussi tous ces mots douloureux, ces souvenirs qui m’empêchent de dormir. Détruisez toutes ces chaînes qui me retiennent. »

 

24 mai 2019

J’suis à cran. Tendue comme une puce sous cocaïne. J’ai passé une semaine professionnelle abominablement chargée et je tente laborieusement d’opérer la brisure avec les aléas qui m’ont pris le crâne encore toute la journée. J’ai saisis la première fenêtre d’occasion à ma portée pour me sauver de là. J’en pouvais plus de me sentir étouffer dans le bureau, et ma dextérité à m’éclipser m’aura au moins laissé le temps de me ravitailler en boisson chaude.

Toujours un bon point pour l’accro à la caféine que je suis.

Même les 2h de train ont toutes les peines du monde à faire partir le stress sous-jacent, la tension qui reste sans qu’on sache vraiment pourquoi, juste parce que la cocotte-minute arrive pas à libérer la soupape. Le monde entier m’irrite les sens, depuis le troupeau de voyageurs immobiles infichus de descendre dans le hall de la gare qui me donne l’impression d’être coincée sur le périph à l’heure de pointe, jusqu’au trajet en bus qui me parait d’autant plus interminable que le véhicule se retrouve bloqué pendant encore 15min supplémentaires.

  • Enfoiré de conducteur de camionnette, va te trouver une place ailleurs qu’en double file ducon.
  • T’es de bon poil toi dis donc. Arrête de jeter des regards noirs au monde entier ça les fera pas s’évaporer pour autant.

On peut pas toujours être au top. Je serre les mâchoires faute de pouvoir encore augmenter le son dans mon casque, quand j’arrive enfin à ce foutu arrêt qui me semble l’autre bout du monde. Prière rapide à n’importe quelle entité divine hypothétique.

Pourvu que sa troupe de demi-portions soit au plus calme.

C’est que je doute fortement que mes nerfs soient au mieux de leur forme pour accueillir une hurlante stridente. Je me retrouve en quelques minutes à l’interphone, grandes inspirations pour tenter une dernière fois de faire un semblant de vide.

Ça va aller. Ça fait des jours que tu l’attends cette soirée. Ça va aller, et tu vas bien finir par atterrir à un moment ou l’autre.

A minima quand il finira par te taper dessus.

Une perspective réjouissante. J’imagine qu’on a tous notre propre référentiel, en matière de ce qui est réjouissant ou pas dans la vie. Et allez savoir pourquoi, moi quand la grande roue des trucs kiffants a tourné, l’anguille s’est arrêtée sur Matraquage intensif. Ainsi va la vie de maso. Et il est hors de question de laisser la fatigue ou l’anxiété parasiter ce que j’attends avec autant de ferveur depuis des semaines. J’arrive enfin à ma première escale, nos retrouvailles autour d’une bière avec la petite famille avant de pouvoir espérer passer à un tout autre registre.

J’suis comme déphasée avec impossibilité de me remettre sur le bon créneau horaire. Pourtant ça percute un peu, quand je le vois s’installer pour enfiler ses chaussures, le cerveau commence à aligner suffisamment de neurones pour commencer à se mettre en condition de soirée. Une fois n’est pas coutume, la tenue qui dort dans mon sac n’est pas pour m’alléger le bide que j’ai en vrac. Pourtant j’ai bien dû consulter 3 copines différentes avant d’établir que cet achat serait une bonne idée. Robe longue, noire, fendue et détails de dentelle, le genre chic et classe t’vois ? Le genre qui détonne quoi, contraste d’autant plus probant que je me réfugie pour quelques minutes encore dans le confort de mon leggings similicuir et mes Doc Martens Union Jack.

Typiquement la tenue parfaite à ne pas mettre pour arriver en club libertin, soit dit en passant.

Portes devant lesquelles nous arrivons enfin. J’ai pu retrouver un degré de contact acceptable entre nous deux, et mon esprit commence à amorcer la détente quand Maryssa nous ouvre les portes de l’antre calfeutrée accompagnée du propriétaire des lieux. J’ai la boule au ventre qui s’accroche, pas tant à l’idée de la performance qui se profile qu’à celle d’enfiler cette robe soigneusement préparée dans le fond de mon sac qui me fout des bouffées de chaleur dans la tronche. Chacun sa zone de confort, aussi improbable soit-elle. Je m’engouffre dans la pièce principale en direction de la salle de bain la plus proche, salue notre binôme rapidement et percute au passage le lien entre les photos de lacérations et autres bleus de toutes les couleurs que j’ai liké à la chaine sur Fetlife et les deux individus angéliques qui se trouvent devant moi.

Le BDSM regorge définitivement de profils surprenants.

J’m’attarde pas. Plus rapidement je serais changée plus rapidement l’étau qui se resserre autour de ma poitrine sera levé. Je me plante sous une douche brûlante qui me décape de fond en comble comme on décape au Karcher des recoins trop encrassés, l’air se charge de volutes humides qui m’enveloppent d’une chaleur omniprésente et entame de me faire décrocher des neurones bien trop en effervescence. La buée sur les vitres est apparue en un temps record, et je me bats contre le taux d’humidité ambiant pour peaufiner les derniers détails de mon make-up avant de me faufiler dans l’enveloppe de tissu tant redoutée.

Quand même, c’est pas dégueu comme rendu final.

Faut bien prendre le réconfort où il se trouve. Là où d’habitude à poil je transpire d’assurance et cultive le je-m’en-foutisme forcené il suffit que je me colle une robe sur le dos et une paire d’escarpins pour que j’ai l’impression d’être une fillette apprenant à marcher, incertaine à chacun de ses pas. Tous les sacs sont bouclés et ordonnés, il est temps de faire mon come-back auprès de l’assemblée encore réduite du grand salon alors que tout mon corps me hurle de faire demi-tour et d’aller me terrer dans un trou de souris. Pourtant sa réaction est à la hauteur de mes espérances, au-delà même de tout ce que j’aurais pu demander. Ça m’aide à décrisper la tension dans mes épaules, les mouvements de mon corps reprennent peu à peu leur fluidité, quand bien même l’épisode de chamboulement vestimentaire ait eu pour effet immédiat de faire ressurgir mes vieux travers de mutisme. Faute de phrases grandiloquentes je me rabats sur une bière fraiche – oui un club qui sert de la BIERE – et je l’écoute faire la conversation avec celle qui est devenue mon coup de cœur artistique de ces dernières semaines. Ça cause et ça cause, les clients commencent à affluer et le buffet à être servi, ce qui me rappelle à mon estomac qui a enfin décidé de se réveiller.

Dans le genre truc naze, tomber d’une crise d’hypoglycémie en pleine séance ça doit bien se placer dans le top 5.

Je grignote par ci par là alors qu’une toute autre forme de stress commence à poindre le bout de son nez. Une sorte de trac s’entremêle à l’inconnu et à l’attente interminable de ce qui va bien pouvoir me tomber dessus.

  • J’ai pas eu le texte avant en plus.

Pardon ? Il se fout de ma gueule là ? Il a rien reçu de sa boite mail ? Genre rien du tout ? Force est de constater que non lorsque je le vois ouvrir sa messagerie devant mes yeux et défiler l’intégralité des messages non-lus, le mien noyé dans une foule d’autres non notifiés. L’heure tourne et il y a de plus en plus de monde. Plus les minutes passent, plus je sens les gouttes d’anxiété qui martèlent dans ma poitrine et envahissent progressivement l’espace disponible. Heureusement arrive dans mon champ de vision une source de consolation infaillible et de réconfort inaltérable, sous forme de plateau de tasse du breuvage sombre fétiche que je m’enfile cul sec sans même réfléchir. Et sans même Lui demander.

Ce qu’il ne manque pas de remarquer.

Comme quoi on a tous notre sens des priorités. Qu’il puisse m’interdire d’aller pisser passe encore. Mais interdire le café, là on touche à la punition ultime. Je pousse le vice jusqu’à Lui gratter la tasse qui Lui revenait de droit – elles sont TOUTES PETITES ces tasses – et j’dois dire que la chaleur amère qui coulent dans mon gosier a son effet bénéfique bien à lui, tout en ayant le mérite de m’occuper encore quelques brèves minutes que me dure mon shoot de caféine. Minutes éphémères et volatiles des dernières minutes avant l’instant fatidique.

  • Va enlever ta robe.

Ça va commencer. C’est pour bientôt maintenant. Je pars en excursion rapide vers la salle de bain pour m’extirper de mon carcan vestimentaire et en revenir à des standards de tenue bien plus dans mon registre, sur base de harnais de cuir et de nudité ostentatoire. Retour au pas de course dans la pièce principale, où va se dérouler cette scène tant attendue dont nous serons les protagonistes. Il manque cependant une finition à l’ensemble de l’habillage, les menottes molletonnées qu’il prend soin de me passer doucement – mais fermement – comme le début d’une incantation sacrée, cette formule qu’on invoque à la manière d’un  rituel bienfaiteur rassurant. Je me retrouve à ses pieds en deux temps trois mouvements sous une simple influence de sa voix qui m’indique la direction à prendre, me cale entre ses jambes tels les barreaux d’une cage protection en acier trempé. A genoux, dos droit, cuisses justement écartées pour permettre un équilibre harmonieux, la tête enfouie dans les replis de son pantalon.

Vous savez pourquoi on vous fait toujours prendre des positions à la con franchement inconfortables quand vous êtes soumise ?

Certains y voient une façon de garder la marchandise accessible et à portée de main, d’autres cherchent à assoir une forme de mainmise jusque dans la cambrure et la contrainte posturale. D’autres encore y voient une sorte de protocole un peu vieillot et dépassé de celui qui se prend trop au sérieux et se cache derrière un simili de bonne éducation, faute de maîtriser son fouet jusqu’au bout des brins. Moi j’suis de celles qui ont l’intime conviction que ce sont en partie ces positions qui déclenchent la magie, qui provoquent le début de la transe et marquent les premiers pas de la danse.

Je hais la médiocrité.

Amorce de l’extorsion des remous internes. Quand tu te concentres sur les palpitations qui prennent dans tes jambes, que tu t’efforces de contrôler la moindre des particules de tes fibres musculaires pour te conformer au mieux à une forme de perfection incarnée. Alors le monde n’existe plus, car le monde ne se réduit qu’à un seul et unique regard. Le regard aussi impartial et sévère que sécurisant et réconfortant. Celui qui communique sans même les mots, ce regard qui t’insuffles de l’oxygène loin dans le corps et qui parle directement à tous tes atomes sans une seule parole. Celui grâce auquel on sait, au fond, que tout va bien se passer. Parce que c’est l’évidence même. Parce qu’il ne peut en être autrement lorsqu’il est auprès de moi, lorsque sa présence se fait omniscience.

Pas à une seule seconde ça ne me traverse, l’éventualité de faire marche arrière, pas une once de sentiment de renonciation. On pourrait faire des raccourcis un peu rapides, penser que c’est parce qu’il est là que je suis prête à foncer tête baissée, mais j’suis pas sûre que ça puisse se résumer simplement à ça. J’me suis tapée une semaine entière à me retourner le cerveau à longueur de journée à force d’un taff bien trop énergivore, j’ai accumulé des centaines de kilomètres et des heures de trajet au compteur, chargée de deux putains de sac remplis à ras-bord, sans que ça ait réussi à entailler ne serait-ce qu’un peu mon besoin de me planter sur cette croix et de me montrer. Moi. Ou tout du moins toute cette facette de moi. Celle de l’ombre. Celle qui transparait à demi-mot pour qui sait lire entre les lignes. Moi telle que rarement je me suis autorisée à le faire. D’enfin montrer à quoi ça rime Nous, quand on se retrouve sur le même champ de bataille. Et que ça m’a paru naturel d’accepter de me prêter au jeu de la démonstration quand Maryssa me l’a demandé, comme couler de source. Que rien ne pouvait mieux s’accorder sur l’expression de ce qui est inexprimable que ses mots à elle, sur mes ondulations à moi, sous le joug de sa main à Lui.

Parce que tu vois y a un truc qu’on partage, toutes les deux. Ce p’tit truc de ceux qui se vomissent dans les mots. De ceux qui frissonnent et vibrent à mesure qu’ils vont remuer la merde, et qui rendent les déjections de l’âme poétiques.

L’épaisse musique ambiante a cessé. Son visage se trouve au niveau de mon oreille et me souffle de me rendre jusqu’à la croix à quatre pattes, le palpitant qui manque quelques battements lorsque j’entre en scène. Ça pourrait facilement sembler rabaissant, voire carrément ridicule, de se déplacer ainsi au milieu des sièges et des personnes grignotant leurs assiettes. Mais j’aime à penser que les ordres sont l’incarnation ce que l’on en fait, et s’il est un exercice auquel j’aime m’adonner c’est bien renouer avec mon animalité primitive. La bête est là. Tapie. Toujours là à proximité de la surface. Mes genoux s’échauffent à mesure de leur glissement sur le sol. J’arrive rapidement à la croix et me redresse en sentant son corps près du mien à travers les ondes charnelles qui palpitent. Présentation de l’extrait littéraire et premières notes musicales. Grésillement du micro et la voix de Maryssa qui occupe toute l’atmosphère.

La danse va commencer.

« J’entends les bruits, j’écoute les bruits ; les bruits du train, les bruits de vie. »

Puis je n’entends plus. Plus vraiment en tout cas. Toute cette scène n’est plus alors qu’un chaos harmonieux, l’expression même de ce qui est l’évidence contre laquelle on ne peut pas lutter, quand bien même on mettrait toutes ses forces dans l’affrontement. Ses mains échauffent mes chairs. L’impact de ses paumes s’incruste dans mon postérieur. Ça fait un tel boucan que les mots qui résonnent dans l’air passent au second plan. Pourtant ils sont toujours là. Telle la ligne de basse en sourdine qui se marie avec le riff de guitare pour lui donner toute sa puissance.

« Alex me bande les yeux avec un foulard noir. Il me dit de lui faire confiance. » 

Confiance. Un bien grand mot de la langue française. Un tout petit amoncellement de lettres si lourd de sens. En voilà une chose qu’on ne peut pas ordonner. La confiance elle se guette, elle se charme. Elle se sent et se perçoit, elle s’apprivoise et se met à l’épreuve. Ça j’en ai fait ma spécialité, l’attaque permanente à la confiance. Il en a bouffé plus que de raison, de l’uppercut direct dans le creux du foie et des retours de griffes plein la face. Les ruades défiantes de celle qui veut pas se laisser approcher, mais qui demande qu’à ce qu’on lui tende la main. Elle vous tombe dessus sans que vous ayez rien demandé, sans crier gare et sans que vous vouliez y croire, mais en espérant de tout votre cœur avoir raison d’y accorder autant d’importance.

« Alex prend l’appareil qui envoie de l’électricité et le pose sur mon intimité. »

Y a un mot qui résonne dans le passage tant redouté. Celui que j’ai eu tout le loisir de lire en amont en me disant que ça pouvait Lui filer des idées outrageusement tordues. Finalement j’me dis que ça a du bon, que sa boite mail ait bugée. J’ai moins de chance de me retrouver avec des électrodes à 3000 V dans la chatte.

C’est ça oui, c’est beau d’y croire.

Je suis pas assez naïve pour penser qu’il va pas faire usage de son tout nouveau joujou à un moment ou l’autre. Mais de là à envisager sereinement de se prendre une décharge sur le con on peut dire qu’il y a un monde.

« J’aime cette douleur, ce mal qui donne la jouissance, cet orgasme libérateur. »

Ou le paradoxe de toute masochiste avertie. Souvent on me demande. En quoi ça consiste, comment je peux aller aussi loin, si ça m’excite de me faire fracasser. Si ça me donne envie de baiser. Y a ce truc réducteur du commun des mortels qui pense qu’à travers sa bite ou son clito. Savoir appréhender la douleur c’est quelque chose d’autre. Savoir la maitriser et avoir la mainmise dessus c’est pouvoir se jouer de son propre corps. C’est embrumer son esprit et lui faire un tour de passe-passe. C’est se donner l’autorisation de sortir de soi-même et sentir quelque chose d’autre prendre le contrôle. Quelque chose qui ne s’explique pas. Ce quelque chose qui est exacerbé lorsqu’il est face à moi, lorsque je le sens qui cherche les limites et les bordures du tolérable, le flanc de la falaise à mesure que je me mords la lèvre pour pas Lui sortir des injures à tout bout de champ. Le stade précis où j’étouffe des Va chier enfoiré je bougerai pas d’un pouce.

« J’entends le bruit des lanières de cuir qui scindent l’air. Je frissonne… j’attendais, j’attendais ce moment avec impatience. »

Putain oui. C’que j’ai attendu. Des semaines j’ai attendu. Des semaines j’ai voulu attendre. Pour voir ce que ça donnait, quand on attend vraiment. Et bordel ce que c’est long. Ça vous rend dingue, ce manque qui tire sur toute la peau. Ça vous craquelle l’épiderme et vous fait suinter les sucs de l’esprit par tous les pores. J’aurais pu, après tout, demander à qui le veut de me mettre une bonne branlée de transition histoire de patienter. Mais ça aurait fait qu’alimenter le vide. Comme boire de l’eau salée en plein océan alors que vous êtes en train de mourir de soif, le truc qui parait un éclair de génie mais qui mène à rien. Ou en tout cas pas là où vous vouliez aller. Pas à la destination auquel vous avez pris gout et qui vous gratte de partout.

« Alex donne des coups de plus en plus forts, sur mon dos, mes reins. Des coups de lanière comme on donne des coups de poing. »

Ses coups à Lui aussi se font plus forts. La musique a ce quelque chose de justement entrainant, cette nuance de mélodies qui font résonner les mots et percuter comme s’il s’agissait d’impacts à part entière. Eux prennent dans la poitrine, dans l’air qu’on inspire à chaque choc qui se fait sentir. Le bois, le cuir, le câble plastique. Chocs lourds, chocs mordants, chocs cinglants. Choc électrique.

J’en. Étais. Sûre.

Ça c’est ce que je me dis après. Genre quand je suis de nouveau en train de siroter ma binouze tranquille au ras du sol. Sur le moment c’est pas vraiment la même chanson, là attachée sur la croix alors qu’il se trouve dans mon angle mort. C’est l’effet immédiat sur le champ. Cerveau en OFF, instinct de fuite incontrôlable et corps qui se dérobe, les réactions qu’il apprend à expérimenter à force d’utilisation – modérée – du tout nouvel instrument de torture. Plus de position qui tienne. Plus de stature raffinée ou de délicieuse cambrure qui entre en ligne de compte. L’enjeu est trop important. L’enjeu de la faille. L’entaille rendant accessible ce qu’on s’évertue à enterrer sous mille couches d’artifices extravagants, celle qui donne libre accès à ce qui se cache derrière les remparts bien rodés et les obstacles psychiques soigneusement agencés.

« Il me dit « Ça vient… Enfin… ne retiens rien, offre-moi ta libération.
Ne garde rien. Laisse couler ».

Je laisse couler les larmes comme je laisse couler mon intimité. »

C’est l’exercice le plus difficile je crois. Celui de laisser les larmes couler. D’abord il y a les larmes froides, les larmes fortes. Les larmes glorieuses et puissantes de celle qui se donne mais qui ne rend pas les armes. Celles qui ont ce gout particulier d’élégance teintée de fierté, qui habille le visage et le sublime dans toute sa singularité. Celles qui coulent la tête haute et le regard droit parce qu’elles raisonnent comme un défi au monde entier. Ces larmes-là elles ont une odeur de feinte et une saveur de féminité sauvage. Celles-ci sont les premières à venir, celles qu’on peut se permettre de montrer au grand jour. Ce sont les douces larmes acides qui prennent le temps de creuser la joue avant de sombrer dans le creux de la mâchoire palpitante et grinçante.

« À la septième claque, je reste au sol, j’éclate en sanglots, de vrais sanglots, des sanglots bruyants, des sanglots de soulagement. Tout sort. »

Puis il y a les autres. Celles qui tombent le masque. Les relents de larmes qui vous prennent dans les méandres inexplorés de l’âme. Celles qui vous font exploser et qui vous tordent tout le corps. Celles qui vous donnent envie de vous fracasser le crâne pour faire cesser la douleur et vous ordonne de vous échapper de vous-même, même s’il faut s’arracher la peau pour ça. Celles qui sentent la gerbe et vous refilent la nausée comme si elles s’incrustaient directement dans la chair. Celles-là ont une sale odeur, une odeur putride qui vient du fond des viscères. Ces larmes elles font peur, elles prennent la gorge et vous chamboulent, parce qu’elles font pas semblant. J’aime pas les voir arriver celles-là, elles me terrifient et me hantent, et pourtant je passe mon existence à leur courir après.

« Ça fait du bien, n’est-ce pas ? »

Les larmes qui font du bien à mesure qu’elles font mal. C’est pas juste après les coups que je coure. Croire ça c’est croire au superficiel de la nature humaine. Non les coups ne sont rien, les coups et la douleur physique sont fades, par rapport à ça. Il pleut toujours des mots, il coule toujours des rivières de notes de musiques entêtantes. L’éclair qui a grillé mon postérieur a mené son œuvre et ouvert les premières digues psychiques. Le monde m’importe peu, le monde se résume à Lui et au claquement du fouet qui a commencé à sévir. Les joues sont devenues humides de ces premières larmes magnifiques et délicates qui signent les prémices de la rémission. Les larmes que je laisse couler parce qu’elles ne sont pas dangereuses, celles qui évacuent sans dévoiler. Elles annoncent juste l’armistice. Le drapeau blanc brandi par le fauve qui finalement a laissé la cage s’entrouvrir pour accueillir la main salvatrice.

« Je suis de celles qui ont besoin de ressentir par le corps la douleur pour libérer les maux de leur subconscient. »

C’est au-delà de se sentir vivant. C’est se sentir exister tout en quittant le poids de son propre corps. C’est prendre forme et consistance à mesure de son regard qui se fait plus présent, pour ne devenir plus que le seul point d’accroche. Tu vois un peu comme s’il y avait une danse entre Lui et moi. Un dancefloor semblable à aucun autre et cette forme de tango bien à Nous. Ce mouvement de la langue du fouet qui vient s’imprimer en moi, la morsure qui laisse un goût acidulé sur la peau, le piquant de la chair qui se met à vif et qui en redemande. La peau se retourne, les lacérations se font plus profondes dans un corps qui n’est plus vraiment le mien. La douleur raisonne dans toutes les terminaisons nerveuses, remonte le long de la colonne pour retourner la tête. La douleur et les larmes, mes armes pour contrer la souffrance. Les cinglements qui viennent remuer toute la crasse intérieure pour les décoller à grand renfort de cuir.

« La peau transforme »

Je me transforme.

« Les formes qui cicatrisent »

Sous sa main, la bête se terre. L’âme se panse.

« La morsure du serpent »

Son corps près du mien. Epiderme en feu de joie.

« La cicatrisation sera un peu plus longue que prévu… »

Retour à la réalité sous l’effet des remerciements et des applaudissements. Ça me prend la tête comme un lendemain de cuite, et je me réfugie dans ses bras faute d’arriver à quoi que ce soit d’autre. Peu à peu les sensations reviennent, entières et complètes, y compris ce picotement caractéristique des balafres qui ont ébréchés les premières couches de l’enveloppe corporelle accompagnées du suintement âcre des perles de sang. Ça parait surréaliste, même pour moi, de m’être évadée si loin en si peu de temps.

Parce qu’elle existe toujours cette appréhension, celle de savoir si je vais échouer à me sortir de moi pour n’être plus que Nous.

Ça serait la solution facile, de se cacher derrière le masque de la performeuse. Celle qui derrière les florilèges admiratifs et les compliments élogieux se bouffe du mépris à répétition, à peine dissimulé et teinté d’arrogante condescendance, des Maîtres en veux-tu en voilà qui jugent sans connaître sur simple interprétation de photos partagées. Ça serait la réponse fast-food, qui vous gave à ras-bord de ce que vous croyez avoir envie de voir, d’être simplement celle qui accepte tout, en toutes circonstances. La réponse qui a un goût d’insipide. Et parfois ça me prend. L’envie de leur renvoyer ça dans les dents, à eux et à tout l’univers, que ça se sache qu’à travers moi aussi, on peut lire l’authenticité de la sensibilité exacerbée et de la vulnérabilité assumée. Que derrière l’animal sauvage qui rue, il y a l’oisillon dans le nid qui se terre dans l’ombre de la face cachée de la Lune. Elle a le goût délicieux de la revanche, cette lecture agrémentée à notre sauce kink. Chaque compliment sur notre alchimie, notre complicité et notre compréhension l’un de l’autre ruissèle en moi pour me combler dans les brèches les plus reculées et les failles les plus coupantes, pour calmer l’animal apeuré à l’idée même de se sentir si faible de vulnérabilité devant tant de personnes.

J’m’installe le cul par terre entre ses pattes, me remets en phase tout doucement à ses pieds en me rafraichissant le gosier à grand renfort de mousseuse pour m’aider à relancer la machine, position bien moins plantureuse que celle adoptée avant notre exhibition, mais qui a le mérite de m’assurer un certain confort en attendant la suite des événements. La seconde présentation se profile, je frétille de voir en action le duo virtuellement captivant qui a retenu tant de fois mon attention. J’ai toujours eu un faible pour la sincérité des émotions, et les séances SM aseptisées ne m’intéressent pas, quelle que soit la bonnasse croisée avion de chasse qui se tienne sur la croix. Sentir l’abandon, la perte des moyens, se délecter silencieusement d’un écrin de bulle intime, sorte de voyeurisme de l’expression corporelle des sentiments inexplicables, c’est une beauté qui surpasse les plastiques lisses et autres mensurations sorties des magazines. Je trépigne bien calée sur mon fessier jusqu’à ce que ça commence et que je me nourrisse à mon tour du spectacle de la soirée. Je guette tous les détails, me laisse transporter au grès des gémissements et des lamentations qui vont crescendo. Ça me fascine, de la voir réussir ainsi à imploser devant tant de monde. Exposer toutes ses émotions, les laisser s’évader à l’air libre là où moi je m’évertue obstinément à les confiner dans l’intimité d’une chambre ou des alcôves qui ont parsemé notre parcours par excès de pudeur. Y a une forme d’envie dans tout ça, dans la contemplation de cette faculté à faire fi du regard du public pour laisser toute la place au déchainement. Ça pourrait paraitre violent, d’une brutalité qui fait mal à l’empathie, de la voir trembler de tous ses membres à chaque claquement de fouet, la contempler se tordre par terre dans les derniers instants sans pouvoir prononcer un seul mot. Moi je n’y vois plus que la magnificence de la fusion, de ces bras qui l’entourent après l’avoir tant meurtri. J’me sens mal-à-l’aise d’être spectatrice de tout ça, mais ça n’a rien à voir avec l’intensité des coups portés. Y a plus de tendresse dans cette scène de spasmes frénétiques que dans n’importe quelle mise en situation qu’il m’ait été donné de voir jusqu’alors. Et j’crois que c’est ce qui me fout des frissons malaisans dans tout le corps, cette sensation d’être l’observatrice voyeuriste des profondeurs de l’intime.

Pourtant c’est beau. Puissamment beau. La beauté dans le plus simple appareil. Au moins reste-t-il ça. La possibilité de se complaire dans la beauté de l’instant. J’me demande d’ailleurs si c’est aussi beau que ça, quand je me tords et que je disjoncte entre ses mains. Dans tout le panel de ma galerie d’art enrichie au fil des mois il me manque toujours ça au compteur. L’essence même de l’émotion la plus brute dont je suis capable. Personne n’a encore réussi à le capturer celui-là. Le basculement. L’instant précis de la libération des chaines, la fenêtre d’envol de l’oiseau qui s’échappe de sa cage.

Faut toujours se laisser des challenges. Manquerait plus qu’on s’emmerde.

Le show est fini désormais, et l’animation  se propage à l’ensemble de l’assemblée. J’ai la vessie qui me démange – encore – et loin de moi l’idée de réitérer l’affront de l’épisode caféiné, je formule mon habituel Il faudrait que j’aille aux toilettes habillé du regard papillonnant adéquat. Il me renvoie d’un geste équivoque vers ses chaussures, sans plus d’autre précision qu’un sous-entendu rentré dans mes mœurs aussi naturellement que s’il s’agissait d’un S’il-vous-plait, et m’abaisse à Lui baiser les pieds en prenant soin de garder les fesses les plus harmonieusement érigées en l’air. Ce qui devait n’être qu’une formalité de politesse se transforme en vénération fétichiste à durée indéterminée. J’ai jamais pu compter à mon actif une grande fascination ni pour les pieds ni pour les chaussures, à l’exception notoire des New Rock peut-être, mais j’arrive plus à décoller de ma position façon chienne tête-en-bas. J’suis trop bien comme ça. La tête dans ses pompes et le cul à sa libre disposition. J’me sens à ma place, libérée de tout carcan ou tout faux semblant, et c’est finalement Lui qui vient me secouer à l’étage inférieur pour me rappeler à ma requête première. Et sûrement vérifier au passage que je ne tombe pas encore tout à fait de sommeil.

Pour ça, j’en ai encore sous la pédale. T’inquiètes que tu m’auras pas si facilement.

Puis ça recommence. La croix s’est libérée, occasion en or sur laquelle il saute du tac au tac. Bras en étoile et le bois massif contre ma colonne.

J’adore les séances en face à face. Combien même j’en chie ma race.

Cette fois il n’y a que Nous. Dès le départ il n’y a que Nous. Plus de public les yeux rivés sur chacun de nos mouvements, plus de tension muette palpable de ceux qui retiennent leur souffle sans s’en rendre compte. Et nous pouvons bien nous trouver au beau milieu d’une salle bondée, la seule chose qui m’importe c’est de fixer les yeux prédateurs qui me jaugent sans ciller. Jusqu’à ce que ça tombe de plein fouet. J’ai le libre visuel sur tout l’attirail qu’il a à portée de main, ce qui commence à faire une belle collection d’emmerdes potentielles. Impacts sans ménagements et entrelacs de percussions. Je grommèle des Saloperies et ravale des Putain de sa mère quand il vise l’intérieur des cuisses, oriente mon postérieur avec une subtilité contestable mais auquel il concède pour me laisser quelques bouffées de répits avant de reprendre de plus belle. Ça secoue dans les profondeurs, comme si toute l’onde de choc se répercutait de tissus en muscles puis dans le souffle pour venir renverser directement les émotions. Je sais ce qu’il veut. Ça se lit de façon limpide dans chacun de ses gestes, ce qu’il va chercher en agissant de la sorte.

Tant mieux. On est pas là pour une balade de croisière. T’as pas signé pour ça de toute façon.

Tu serais un peu déçu hein, s’il te prenait avec des pincettes.

Les pinces je les préfère sur la langue que sur les sentiments. Ce qu’il fait d’ailleurs. La pince à linge pendouille grotesquement de ma bouche en faisant dégouliner des filets de bave à n’en plus finir. Mais j’arrive pas encore à capituler. La guerrière cambre, offre sa poitrine ouverte et tend les fesses, ondule encore, transporte son corps plus en avant de Lui, enchaine provoc sur provoc. J’le transperce du regard, comme si je voulais Lui perforer la peau par la simple action de mes iris. Des fois il me touche, joue de ses doigts entre mes jambes pour provoquer des décharges de vulnérabilité, shoots de jouissance avant qu’il ne revienne à la charge. Fil décousu des événements et flashs épisodiques érotiques.

Il m’accorde peu de temps-morts, va me chercher loin dans ma volonté, à mi-chemin entre affrontement ouvert et servitude bien rangée. Ça prend dans les tripes. Mon corps commence à s’accorder des tentatives d’évasion furtives, plus encore quand il s’attarde sur mes seins, heurts cinglants et élancements vifs qui vrillent la tête.

J’crois qu’les seins c’est mon point faible. Proportionnellement au reste cela va sans dire.

Il a déjà foutu un bordel sans nom dans mon chaos intérieur bien ordonné quand l’aiguillon électrique passe dans mon champ de vision. Et que tout fout l’camp. J’entends au loin quelqu’un qui plaisante avec Lui, qui sort un truc du style Un p’tit coup juste pour moi alors que mes poumons voudraient hurler que j’en ai strictement rien à battre de ce qu’il veut ou pas c’trou d’balle. Mais j’suis en incapacité d’hurler quoi que ce soit. De dire quoi que soit. Même de murmurer ou d’implorer. Mon corps entier lutte pour s’éloigner de l’instrument, ce qui de l’extérieur doit donner une situation assez burlesque, la nana accrochée par les mains essayant de cacher tout son corps derrière une croix qui bouge pas d’un pouce.

Vu de l’intérieur c’est nettement moins drôle. Encore un peu et tu l’escaladais cette croix, partie comme t’étais.

Et le souffle. Il s’emballe et s’amplifie, comme un cheval qui embarque au triple galop sans pouvoir s’arrêter. Mon souffle prend toute la place dans mon crâne, raisonne et provoque la tempête.

Tu le sens ? Le vent de panique qui circule dans tes poumons ? Et les larmes explosives qui commencent à poindre ?

Elles sont là. Toutes proches, presqu’en surface. Y en a même qui commencent à déborder sur les joues. Ce moment où on touche ses limites du bout des doigts, où on se sent à la frontière de soi-même.

Faut que j’arrive à l’associer à autre chose qu’à la panique de voir les barrages céder et les torrents couler. Sinon ça reviendra toujours aussi sec, l’angoisse qui submerge.

Il a posé l’outil agricole, ses mains en coupe sous ma mâchoire pour supporter mon visage, et avec lui le poids des larmes. Ça souffle toujours, trop fort, trop bruyamment. Ça souffle jusqu’à ce que sa voix prenne la place, tout l’espace envahit par ma respiration haletante qui est reconquit par le timbre de sa voix tout près de moi. Je sais même pas ce qu’il raconte. Je sais juste que je me raccroche à ça tel le fil d’Ariane comme unique alternative pour sortir du labyrinthe. Qu’enfin je reprends contenance à mesure des spasmes pulmonaires qui se calment.

  • Ça va ?

Hochement de tête et tension dorsale du tonus qui se remet dans tout le corps. Ça va aller. Il prend le temps de me jauger, évaluation scrupuleuse de sa marge de manœuvre, et doit estimer que j’en ai effectivement encore sous le capot. Il s’éloigne quelques instants, s’arme de mousquetons supplémentaires et s’attèle à fixer mes jambes restées jusqu’alors libres de leurs mouvements.

Merde. Ça va être moins facile, d’un coup, pour orienter les tirs.

Et ça reprend. Claques, torgnoles et autres séries de coups. Ça attaque et ça ébranle, façon tremblement de terre. C’est vraiment étrange les sensations qui te transporte quand t’en arrives à ce point d’abandon entre les mains d’une personne. Les fracas du paddle de bois massif m’arrachent des grondements rauques du creux de la gorge, puis la seconde d’après j’voudrais éclater de rire moitié pour le provoquer, moitié parce que j’me rends compte à quel point j’suis dans la fange jusqu’au cou. Puis la seconde encore après j’voudrais éclater en sanglots. J’voudrais arrêter de lutter, arrêter de me tenir droite, me recroqueviller comme un oisillon dans son nid. Arrêter d’être forte l’espace de quelques pulsions de temps. Mais ça ne dure qu’un temps. Secondes de temps sporadiques avant que les grognements et les insultes ne s’étouffent à nouveau dans ma poitrine et que le fauve ne croque la petite chose frêle et vulnérable pour retourner dans la danse. Et ainsi de suite. Cycle du serpent qui se mord la queue. Avec Lui ça n’a rien d’un simple jeu ou d’un défi qu’on se lance entre potos pour s’accorder une bonne tranche de rigolade sur base de pan-pan cul-cul. Avec Lui ça tape dans le creux des reins aussi souvent que ça martèle dans le fond des boyaux.

En même temps c’est ça que tu recherches éperdument non ? Quand il te fait valser dans tes émotions et tes certitudes ? Même la peur, même la panique, tu la recherches.

Se sent-on jamais autant vivant que lorsque toute la respiration envahit le crâne à s’en faire tourner la tête ?

Y a de ça. J’aime pas quand il me ménage. Ça me met les nerfs en pelote de laine de verre. Mais c’est perturbant, de devoir aussi remettre en question sa zone de confort habituelle. De s’obliger à se tenir droite malgré les abdos qui se contractent pour me plier en deux. Revenir en position coute que coute, pour se sentir fière. Se sentir unique. Se sentir sienne et que ça raisonne dans toute la pièce sur lit de mes hurlements avortés. Les larmes coulent. Encore ces larmes froides qui permettent d’extirper un peu du trop-plein. Les larmes dansent au rythme des coups de fouets qui creusent mes flancs et des déhanchements symbiotiques de la transe exutoire. J’veux pas les sentir couler, parce que je veux pas qu’il envisage de s’arrêter. Ça me révulse encore de trop, l’idée de stopper ça.

Putain elle fracasse sa cravache de mes deux.

J’l’ai dit ça ou pas ? Je sais plus exactement, mais j’ai dû le penser très fort. L’intérieur des cuisses ça me rend pas aimable. Sauf quand il s’agit d’étrille. J’ai beau m’être fait martelée sous tous les angles, l’apparition de la brosse métallique fait naitre instantanément un sourire quasi carnassier sur mon visage, rictus qui s’agrandit encore à chaque goutte de sang qui se forme sur ma peau telle une constellation écarlate. La décharge d’adrénaline qui se produit dans mes veines m’aide un peu à oublier l’inconfort qui s’additionne lentement à la fatigue. Le cuir du harnais irrite ma peau devenue poisseuse des bouffées de chaleur qui me prennent de partout et des écoulements sanguinolents.

Ça t’apprendra à rester trop habillée. A poil y a que ça de vrai, les autres soum l’ont bien compris elles.

Je finis par avoir plus mal aux pieds que partout ailleurs dans mon corps. L’esprit humain c’est vraiment un truc chelou. J’suis en train de me faire retourner la peau à grand renfort de tous ce qui Lui passe sous la main, et moi je pense plus qu’à mes escarpins qui me compressent les orteils. Enfin presque plus qu’à ça. Parce que finalement même ça j’arrête d’y penser quand il revient au plus proche de moi encore une fois.

Doit y avoir un truc avec les baffes dans la gueule. Le genre hyper psyché tu vois. Ça doit s’entrechoquer de trop dans le cerveau pour arriver à faire le vide. Parce que ça revient souvent, les masos au cuir épais tanné qui s’effondre au bout de quelques tartes bien amenées. Droite, gauche, droite, gauche. Peut-être plus, peut-être moins. J’ai pas compté, c’est pas le premier truc qui me soit venu à l’esprit. Second souffle de la tempête dans la boite crânienne et émergence des larmes du bout du monde. Les torrents larmoyants des abysses assombrissent le regard et brouillent tous les sens, ils se mêlent aux morceaux de cœur qui partent en lambeaux, tels un tendre effiloché de viande trop cuite. Combien le corps peut-il endurer de sévices au juste ? Beaucoup j’imagine. Bien plus qu’on pourrait le soupçonner, au premier abord.

Tu tiens debout pourtant, non ?

Une séance n’est finie que lorsque les jambes ne sont plus en capacité de soutenir le poids du corps. Ou le poids des maux. Souvent c’est lui qui gagne d’ailleurs, le poids mort de tout ce qu’on a caché bien au loin dans l’inconscient, la masse qui s’abat et coupe les mollets. La pesanteur qui sort du cœur en vous faisant éclater les côtes et ravage tout sur son passage.

Je tiens debout. Ou presque. A peu de chose près.

  • Il serait peut-être temps de se calmer non ? Ou tu veux encore jouer les Wonderwoman croisée valkyrie ?
  • J’tiens debout non ?
  • Tu joues sur les nuances là. Faut dire qu’avoir les mains attachées en l’air ça aide à pas se casser la gueule.
  • Tu chipotes pour des détails.
  • T’es vraiment putain d’incapable de reconnaitre tes limites.

Je sais. Mais Lui il sait les voir pour moi. C’est pour ça que je l’aime, aussi. Lui qui me connait sur le bout des doigts et le bout des larmes, qui arrive à me déchiffrer malgré moi, parfois. Et j’y arrive enfin un peu, à le laisser prendre soin de moi à sa façon bien à Lui, dans la tendre perversité comme dans l’adversité sadique. Alors c’est pas plus mal, que ça soit Lui qui décrète s’il est l’heure ou non de la fin des hostilités. Il ne me reste qu’à m’y résoudre, et à me conformer à sa décision. Il est temps. Plus que temps. Et il doit vraiment arriver à un stade de décryptage aigüe de ma personne pour que je me sente autant à l’équilibre, consensus plus que subtil entre le besoin de me surpasser et le risque de m’outrepasser malgré moi.

Ma redescente s’opère toute en douceur, pelotonnée dans le creux que forment ses pieds, mes neurones se réalignent et s’éveillent en plein spectacle de scalpel qui attrape mon regard pour ne plus en décrocher. J’sens bien à son contact que c’est pas sa tasse de thé, son corps est trop tendu, trop enfermé au-dessus de moi. C’est quasi imperceptible mais ça se sent au travers de ses attouchements qui prennent un arrière-gout de carapace tout autour de mes épaules. Je sens tout ça, mais j’peux pas m’empêcher d’avoir des étoiles plein les yeux. Un peu pour les entailles propres et nettes qui se dessinent à mesure des coupures, mais surtout pour ce qui se dégage de la Kajira face à Nous. C’est au-delà de fascinant. C’est hypnotique de la voir comme ça, se cramponner de toutes ces forces et annoncer qu’elle va jouir à mesure que ses écorchures ruissèlent de sang tout le long de son corps. Elle tremble d’une authenticité qui raisonne et se réverbère partout en moi. Et j’trouve ça incroyable. De pouvoir admirer ce spectacle. D’avoir encore cette chance d’être la contemplatrice silencieuse d’une autre démonstration de lâcher prise en puissance, même si ce n’est pas pour atténuer mes évasions fantasmagoriques vampiriques.

Je sens qu’il est tard. Désespérément tard. J’ai absolument pas envie de voir venir la fin de cette soirée, ça me semble bien trop court. Force est de constater à présent que la satisfaction de mes penchants masochistes m’a mise dans un état de feu au cul monumental – ce qui est plus ou moins systématiquement le cas d’ailleurs. Les grosses sessions SM m’ont toujours fait cet effet là. Je donne tous, me libère de tous mes étaux. Et après j’me transforme en folle de cul. Je me colle contre Lui dans des mouvements à peine camouflé lors de nos déplacements à travers le club. Je dois suinter le sexe par tous les pores. Ça me tire de partout et j’suis à la limite du désespoir en voyant qu’il est dorénavant l’heure de rentrer à son domicile familial, endroit tout sauf propice aux pratiques les plus obscènes. C’est l’ultime bataille de mon cerveau sur le corps, il est à l’affut, au détail près. J’y crois à chaque recoin de rue, à chaque zone d’ombre d’immeuble. N’importe où ferait l’affaire. N’importe où plutôt que de rester en manque de Lui comme ça. Je suis exténuée. La fatigue me pique les yeux mais j’arrive pas à avoir envie d’aller me coucher. Aller se coucher c’est être séparé, et ça me semble déjà bien trop tôt.

Quelques heures. Ça fait à peine quelques heures…

Nous sommes posés sur le canapé alors que mes mains s’affairent à parcourir et délasser son corps, quand je le sens se tendre à mesure qu’il se détend. Sa rigidité vient alimenter le feu entre mes cuisses et le brasier intérieur qui doit être la seule chose me tenant encore éveillée malgré l’heure avancée. Je bondis littéralement sur le premier geste qu’il initie à la faveur de la satisfaction de ma famine sexuelle, ni une ni deux pour le chevaucher en étouffant le soupir de satisfaction en le sentant enfin se faire sa place entre mes tissus dégoulinants. C’est divin, digne d’une oasis après la traversée du désert. Je garde un visu sur l’entrée du salon, zone sensible d’arrivée inopinée de petit monstre insomniaque, et commence les vas et vient en le surplombant.

Silence. Garder le silence ab-so-lu.

Cliquetis du métal du collier à chaque déhanchement.

  • T’aurais pas pu choisir plus discret en matière de collier ?
  • Non il beau mon collier, magnifique mon collier.
  • Ouais mais là il fait chier.

J’me sens tiraillée comme rarement, entre le besoin pulsionnel d’accélérer le coulissement de son membre entre mes lèvres gonflées d’excitation et l’épée de Damoclès qui pèse sur Nous au moindre mouvement. J’suis à deux doigts de craquer et de le supplier de me coller sur son balcon pour me tringler une bonne fois pour toute comme il se doit mais ça fait encore trop de variables à gérer pour une heure bien trop avancée. Et mon esprit commence à arriver à un seuil critique de fatigue. Alors le seul truc qui me vienne à l’esprit c’est de me débarrasser de l’anneau de métal qui me cercle le cou.

Le cadenas est mort, autant en profiter. Et à choisir entre le collier et son foutre, y a pas à tergiverser.

Je retrouve ma liberté en même temps que celle de nos coups de reins qui se teintent de l’intensité qui leur est due. Je verrouille mes cordes vocales tout en m’abandonnant à son laboure entre mes jambes, mon bassin vient se coller au plus proche du sien avant de reprendre distance et le sentir coulisser à nouveau tout le long de mes parois glissantes pour se loger au fond de ma chatte. C’est l’ultime assaut, dernier élan qui va achever le cerveau déjà bien attaqué, et toute cette bataille entremêlée de fluide se passe dans un silence royal. Je me concentre sur chaque nuance musculaire que son corps envoie au mien, ce sont eux qui parlent ce soir, nos deux enveloppes de chair qui se donnent la réplique en étouffant gémissements et râles. Corps à corps accéléré jusqu’au dénouement orgasmique qui me crève de part en part, jusqu’à ce qu’il se répande en moi et que tout mon être rende enfin les armes une fois cette soif étanchée. La torpeur et la léthargie nous envahissent en quelques battements de paupières, et j’sens bien qu’il doit faire au moins autant d’effort pour se décoller de là que moi pour le laisser partir. J’en ai aucune envie, mon cœur vrille de le voir s’éloigner, mais le contrecoup de ces dernières heures reprend le dessus. Je prends tout juste le temps de décrasser mon visage des résidus de maquillage, contemple le sang séché étoilé sur mes jambes avec une délectation que même la perspective d’en chier demain sous la douche n’arrive pas à altérer, puis part m’enrouler dans le plaid à ma disposition pour sombrer aussi sec dans le canapé.

4h de sommeil, c’est pas beaucoup.

Vraiment pas beaucoup. Mais le stress de louper mon train est plus fort que mon ascendant marmotte. Je me dirige vers la douche, essaye de paraitre plus au taquet – moins serait difficile cela dit – et de décoller les résidus sanglants laissés de côté la veille faute d’énergie. Je sors de la douche en entendant les cavalcades du minimoy number one et ouvre la porte sur la famille complète qui s’éveille au rythme des montres enfantins. J’ai pas vraiment le temps d’m’étendre, il est totalement proscris que je rate mon départ, et je remballe mes affaires avec une efficacité très moyenne faute de connexions neuronales en état de fonctionnement opérationnel. J’pousse la précipitation jusqu’à zapper l’étape café, signe qu’il est grand temps que je me bouge le cul. Je marche au pas de course jusqu’au métro, yeux rivés sur l’horloge de mon téléphone à chaque minute en espérant pas me paumer dans une gare que j’ai jamais traversé. J’trace comme mes années dans la foule parisienne me l’ont appris, file et me faufile entre les personnes à la vitesse maximale que me permettent mes jambes de demi-portion.

And we run, for this killing love
And we run, tell me how it’s enough
And we run, til we never done
And we run til we fall apart
And we run til we’ve had enough

Train tout juste annoncé. Les passagers commencent à s’attrouper. Ça sera pas de café du tout, la flemme de faire la queue. Pour dire si c’est la course. Le quai me parait interminable, les wagons s’enchainent les uns les autres jusqu’à ce que j’arrive à l’avant dernière voiture pour enfin me poser dans ce fichu train.

Le soleil est radieux, il perce et rayonne à travers les vitres du TGV lowcost. Le siège à côté de moi est pas occupé et me permet de gratter la place près de la fenêtre tout en étendant mes jambes. Un groupe de quatre greluches femelles parlent bruyamment et envahissent le wagon de leurs rires à gorge déployée. J’monte le son du casque et m’engouffre sous ma veste. 2h de repos supplémentaires, il est pas question de cracher dessus étant donné le weekend qui m’attend.

La robe Lui a plu…

Sourire intérieur et irradiation de l’âme. Une tendresse toute particulière pour mes muscles endoloris, cette douleur paresseuse et latente qui fait du bien. Les entailles de la peau picotent à chaque mouvement.

La cicatrisation sera un peu plus longue que prévu…

Encore un sourire.

Tous droits réservés ©️ Poulpy Dathor 2019 – Journal d’une bourgeoise délurée

MonPetitMambaNoir

“Il y a des rencontres humaines…
Et il y en a d’autres tout aussi importantes…

Des rencontres qui vous changent ou vous révèlent…”

J’avais un désir lointain de posséder cet animal troublant, sensuel et inquiétant…

un besoin de l’apprivoiser pour ne plus en avoir peur… une envie de le caresser pour lui donner l’envie de mordre…

Le désir aussi d’avoir mes propres jouets, la première idée n’était pas que je l’utilise, même si je voulais aussi savoir m’en servir, je souhaitais seulement l’avoir dans ma collection, me l’approprier, qu’il ne caresse jamais une autre peau que la mienne.

Le jour de la commande il y avait déjà un lien étrange entre cet animal et moi…

Il était mien, je l’attendais comme on peut attendre un amant longtemps désiré…

Je comptais les jours, parfois je prenais des nouvelles auprès de son créateur Taïpan, j’essayais de ne pas être trop envahissante. J’avoue aussi que j’étais un peu inquiète, j’avais fait le choix de le commander à un nouvel artisan qui n’était pas encore très connu, en tout cas sur Paris je n’avais jamais eu l’occasion de voir son travail. Je l’avais contacté, nous avons longuement échangé, j’ai décidé de lui faire confiance.

Et enfin il est arrivé, emballé dans une jolie boite, couché sur du papier de soie…

Je l’ai sorti, il était tel que je l’avais voulu, sobre, élégant, léger… tellement léger que je n’osais pas le manipuler, je n’osais pas l’essayer.

J’avais peur de blesser ce jeune serpent par ma maladresse.

Je l’ai remis délicatement dans sa boite.

Il était raide, il n’avait pas encore la souplesse du serpent.

Je savais qu’il n’était pas utilisable tel quel.

Il fallait le préparer, l’apprivoiser et le dresser…

J’ai interrogé mes amis, je me suis renseignée.

J’avais un peu la trouille de mal faire, mais je voulais m’en occuper moi-même, il n’était pas question que je confie ce petit animal à quelqu’un d’autre, MON petit animal.

Lorsque j’ai eu toutes les réponses à mes questions, j’ai décidé de la méthode de préparation que j’allais utiliser. Chacun possède sans doute sa manière de faire, ses produits de prédilections, mais au fond toutes ces méthodes sont assez proches.

Un matin j’ai enfilé mon manteau et je suis allée au BHV acheter cette fameuse huile de pied de bœuf et un pinceau en poils très doux. Je suis rentrée, j’ai étalé du papier, versé l’huile dans un récipient, j’ai sorti le fouet de sa boite et je l’ai délicatement badigeonné, assez légèrement pour la première fois, toujours cette crainte de mal faire… j’ai attendu plusieurs heures en le retournant de temps en temps pour que tout son corps puisse s’imprégner de cette huile, puis je l’ai massé pour mieux la faire pénétrer, c’était très sensuel. Ensuite je l’ai essuyer avec un chiffon doux.

Il s’était déjà bien assoupli. Je l’ai manipulé un peu, j’ai essuyé quelques retours.

Le jeune mamba s’était défendu… il venait de me mordre… J’ai aimé cette morsure qui m’a permis de juger de son efficacité… cette première morsure qui a réveillé en moi des sensations… m’a fait fantasmer…

Il manquait encore de souplesse et moi de dextérité… Je l’ai installé dans une petite vitrine que j’avais acheté. Je le sortais tous les soirs pour le masser et continuer de faire pénétrer l’huile.

Quelques jours plus tard lorsque mes mains n’étaient plus grasses j’ai renouvelé l’opération.

Je l’apportais régulièrement à un de mes amis pour qu’il me conseille et vérifie le bon état de l’animal. Au quatrième bain lorsque j’ai eu l’approbation de mon coach j’ai pu réellement commencer son dressage.

J’avais bien observé les gestes des uns et des autres, mais malgré toute ma bonne volonté ce petit serpent refusait de m’obéir… Je n’avais pas de doute concernant l’animal, pris en main par d’autres il se pliait à leur volonté.

Non le problème venait de moi…

Je l’ai remis dans sa vitrine, je l’ai laissé une semaine sans y toucher, sans même le masser ce que je continuais pourtant à faire régulièrement. J’avais presque renoncé à l’utiliser…

Je m’étais résignée… Jouer du fouet ce n’était pas pour moi.

Un soir lors d’un apéro chez moi avant une soirée, je l’ai ressorti de sa vitrine, quelques-uns de mes amis voulaient le voir et le tester. C’était une bonne occasion de lui faire faire un peu d’exercice. Avant de partir je l’ai de nouveau rangé dans sa vitrine.

La semaine suivante j’ai repris les massages, il fallait encore faire pénétrer l’huile.

Et je ne sais pas pourquoi ce soir la j’ai de nouveau essayé… mais de la main gauche…

Le geste était fluide… naturel…

Le petit mamba noir avait obéi… Il n’était plus rétif… Parfois il s’exprimait, par quelques petits claquements

J’étais heureuse d’avoir enfin pu l’apprivoiser.

 

J’ai continué à le manipuler de la main gauche en testant de temps en temps la droite. Mais de la droite ça ne fonctionnait toujours pas.

J’avais plus souvent observé des hommes et lors d’une soirée j’ai pu voir quelques femmes manipuler leur fouet, leurs gestes étaient beaucoup plus doux, il y avait aussi une élégance chez certaines.

Ce soir-là j’ai compris que je faisais l’erreur de vouloir compenser mon manque de force par rapport à celle d’un homme en cherchant à lui donner plus d’impact, je le lançais au lieu de le laisser aller naturellement sur sa cible en le guidant seulement par le mouvement du poignet.

J’ai un problème d’articulation de l’épaule sur le côté droit qui ne me permettait pas de “lancer” le fouet, mon épaule “sautait” à chaque fois.

En rentrant j’ai posé mon manteau, enlevé mes talons aiguilles, pieds nus je suis allée chercher mon petit mamba noir… J’ai posé quelques feuilles de sopalin sur un coussin, main gauche d’abord… puis main droite…

OUIIIII !!!!

Enfin, j’avais apprivoisé ce petit animal sauvage, il était devenu MIEN

C’était une belle soirée, je me suis endormie heureuse.

Les jours suivants j’ai continué son dressage et mon entrainement. J’arrivais facilement à atteindre mes objectifs. Un coussin… le rouleau de sopalin… les branches d’une orchidée fanée que je devais découper…

En peu de temps je me suis sentie prête à l’utiliser sur une peau, j’avais très envie de l’étrenner…

Mais pas seule, je voulais être guidée par quelqu’un qui maitrise ces jeux. Même si j’arrivais facilement à viser mes coussins lors de mes entraînements je n’avais pas la prétention de pouvoir jouer en toute sécurité sur quelqu’un.

Une soirée… deux soirées… je l’avais toujours avec moi sans le sortir de mon sac… Lors d’un événement BDSM  je pensais l’utiliser sur une de mes amies, guidée par un Dom, mais je ne me sentais toujours pas prête… Je n’avais pas envie de décevoir, surtout Elle… Ma Divine Marquise…

J’ai continué à m’entrainer, tous les jours.

La semaine suivante je suis allée à un afterwork libertin consacré au BDSM, je savais que j’y retrouverais quelques amis, dont une qui a plusieurs reprises m’avait fait comprendre qu’elle était volontaire…

En début d’année j’avais posté un message humoristique sur facebook

“Cherche cul indulgent pour entrainement ”

Elle y avait répondu favorablement.

Ce soir-là au fond de moi je savais que j’allais l’utiliser, je n’ai pas bu une seule coupe de champagne, juste du soda et encore une fois je ne pensais pas m’en servir seule.

Même si l’ambiance n’était pas celle dont nous avions l’habitude, le lieu se prêtait à nos jeux. Je lui ai simplement demandé si elle en avait envie, je n’avais pas peur, toutes mes inquiétudes avaient disparu…

ELLE, elle avait confiance en moi.

J’ai fait abstraction de ceux qui nous entouraient, je me suis appliquée à essayer de lui offrir ces sensations qui nous transportent… Je l’ai chauffée… mains… paddle… martinets doux… puis ceux plus durs… ceux qui cinglent la peau… ceux que j’avais voulu, ceux dont j’avais imaginé les sensations…

Au bout d’un moment mon corps s’est mis à trembler… j’avais les jambes coupées…

Je ne m’attendais pas à cette réaction de mon corps et de mon esprit, en tout cas pas pour cette première fois et pas avec les martinets… Mais je n’étais pas inquiète, ça ressemblait beaucoup à cet état second que je recherche lorsque je me livre aux caresses des lanières…

Inconsciemment ou consciemment… Je savais ce qui m’arrivait.

j’ai ralenti pour reprendre mes esprits, redescendre pour pouvoir aller au bout de ce merveilleux moment. Je me suis rapprochée d’elle, j’ai caressé sa peau, j’ai senti son parfum. J’avais besoin de ce contact.

J’ai repris doucement la valse des martinets et lorsque j’ai complètement récupéré mes esprits, je les ai posés sur le prie-Dieu.

Il était temps de sortir de sa cage le roi des jeux d’impact :  le signal whip, mon petit mamba noir…

J’étais vigilante, je n’avais aucune crainte pour elle, mais comme nous étions dans une soirée libertine, les personnes présentes ne faisaient pas attention, elles passaient à côté de nous avec le risque de prendre un retour si mon amie bougeait ou si ma main dérapait…

Je suis heureuse de cette soirée, flattée qu’elle m’ait fait confiance.

J’avais toujours eu peur de mon sadisme latent, j’en avais parlé à plusieurs reprises, j’avais peur d’être emportée par l’adrénaline, peur de devenir méchante comme je peux l’être parfois…

Mais mon petit mamba noir m’a rendue plus sûre de moi, il m’a apporté force et sérénité.

Je n’ai ressenti aucun sentiment de supériorité avec une telle arme entre les mains, je ne me suis pas sentie plus puissante, ni Domina, je n’en suis pas une et ne souhaite pas le devenir.

J’ai juste éprouvé énormément de plaisir et une forme de jouissance.

Ce soir-là j’avais juste envie de baiser les mains de cette jeune femme pour la remercier comme je l’ai parfois fait avec un Dom.

J’ai le regret de ne pas l’avoir fait.  De ne pas avoir baisé la main de celle qui m’a fait ce si beau cadeau.

Maitriser la douleur pour la transformer en plaisir et permettre à quelqu’un de masochiste de lâcher prise et de s’abandonner c’est quelque chose de vraiment fabuleux.

J’ai encore tellement à apprendre.

Léger et puissant ce petit mamba a trouvé sa place dans ma chambre, bien protégé et à l’abri des curieux… Il est devenu mien, il fait partie de moi.

Signal whip Taïpan

Fouet-002-P

Tous droits réservés ©️ Mitsouko 2019 – Journal d’une bourgeoise délurée

Chouette une soirée libertine sur le thème du “BDSM”

 

Il y a presque deux ans avec une amie nous avons organisé notre première soirée BDSM au sein du monde libertin. Le BDSM c’est son monde, tout comme le SM, à l’époque ce n’était pas encore le mien mais j’ai dit ok on n’y va.

Venant toutes les deux de deux mondes différents nous avions cependant la même vision des soirées que nous voulions organiser. Pour nous il n’était pas question de faire une soirée libertine épicée à la sauce BDSM, il n’était pas non plus question de faire des soirées de démonstrations où nos couples D/s auraient été comme des singes en cage pour des libertins ayant envie d’aller “au cirque”. Nous ne voulions pas de curieux, nous voulions simplement essayer de faire se rencontrer deux communautés si éloignées et pourtant si proches. Donner la possibilité à des libertins qui avaient des désirs de se découvrir et de répondre à leur questionnement, de rencontrer de vrais couples D/s et de leur montrer grâce à ces couples ce qu’est le BDSM.

J’ai longtemps dit que je ne pratiquais pas la D/s mais en mettant les pieds dans le BDSM je me suis rendu compte que c’était complètement faux, je pratiquais sans m’en rendre compte, j’ai récemment relu un de mes articles où je proposais un “jeu” à un homme, je lui ai indiqué “pas de D/s”… mais en fait si, c’était totalement D/s.

Le BDSM était en moi sans que je le sache, mais pas n’importe quel BDSM… Pas le BDSM que j’appelle “BDSM libertin” !…

A l’époque si j’avais participé à une soirée libertine ayant pour thème le BDSM je n’y aurais pas trouvé ce que je recherchais, ma curiosité ne serait pas allée plus loin dans sa quête, j’aurais pu passer à côté de celle que je suis aujourd’hui et me priver de toutes ces belles aventures et sensations dont je m’alimente ces dernières années.

Aujourd’hui j’ai décidé d’arrêter d’organiser ce type de soirée pour des raisons personnelles d’abord et aussi parce que depuis quelques temps on voit fleurir sur les sites et les réseaux sociaux des soirées “BDSM” organisées par des privés ou par des clubs.

Et je n’ai pas envie de participer à cette démocratisation du BDSM pour laquelle j’ai pourtant milité et que j’ai longtemps prôné… en tout cas pas de cette façon.

C’est devenu une mode comme une autre mais à mon sens la plupart de ces soirées sont avant tout des soirées dont le thème est “le BDSM” comme le thème d’une soirée pourrait “la rentrée des classes”, “le couvent”, etc… On s’habille fetish, on y va avec son martinet ou sa jolie cravache achetée récemment, on met un joli collier de toutou, et Hop on est dans le thème…

Beaucoup d’organisateurs et de clubs surfent simplement sur la vague « fifty shades of grey » pour attirer une nouvelle clientèle ou conserver l’existante en lui proposant de nouveaux jeux. Mais la plupart de ces soirées ne sont pas représentatives de ce qu’est le BDSM !… Et je ne veux pas y être associée…

Donc si vous êtes libertins et que vous avez juste envie de vous amuser, pourquoi pas, peut-être que ça éveillera de nouvelles sensations et que vous aurez envie d’explorer un peu plus ce monde et ses plaisirs que vous soupçonnez…

Par contre, si vous êtes vraiment intéressés par le BDSM, il y a peu de chance que vous soyez satisfait.e.s… Au mieux, vous recevrez des fessées ou quelques coups de cravache et de martinet qui ne provoqueront rien chez vous… Au pire quelqu’un pourrait vous faire mal et même vous blesser…

Les “jeux” BDSM ne se pratiquent pas à la légère, cela demande un minimum de connaissance, en particulier sur la sécurité et aussi l’hygiène

(cf : Une envie de découvrir les jeux du divin marquis)

Et si vous êtes des BDSMeurs, des puristes sans être libertins, vous pouvez passer une belle soirée et faire découvrir vos pratiques, mais vous risquez aussi d’être agacés par le comportement de certains libertins qui ne connaissent pas les codes du BDSM et qui pourraient avoir à votre égard des gestes que vous allez considérer comme “déplacés”.

D’autres pourraient aussi être choqués par vos pratiques qu’ils qualifieront comme violentes… Gardez à l’esprit que vous êtes dans une soirée libertine et que beaucoup de participant.e.s n’ont qu’une vague idée de ce qu’est le BDSM… Il suffit de voir la réaction de certain.e.s sur les sites dès qu’elles/ils voient des marques de fouet ou de badine… D’autres en arrivent même aux insultes…

De même qu’il y a peu de chance que certain.e.s puissent rentrer dans ces soirées…
Comme une Domina en pantalon… ou un soumis féminisé… La plupart des clubs imposent un dress code et sont “fermés” à certains genres et à la bisexualité masculine… Alors voir un Dom ou une Domina goder son soumis je ne suis pas certaine que ça passe…

Quant aux femmes seules, attention ce type de soirées pourrait attirer des personnes aux intentions peu louables (malheureusement il y en a partout), des pseudos doms qui se feront passer pour des “maitres” ou pire des pervers manipulateurs qui pourraient vous amener à des pratiques que vous ne souhaitez pas en arguant qu’eux savent et que vous devez leur faire confiance… ben voyons…

Et vous messieurs en recherche de sensations… souvent mariés … vous êtes nombreux sur les sites avec des désirs de soumission … vous êtes de belles cibles pour de “jeunes et jolies dominettes” en recherche de portefeuilles bien garnis qui se contenteront de se faire lécher le talon de leur louboutin et vous accrocher pour vous soutirer un maximum…

Bref vous l’aurez compris, ces soirées me déplaisent…

Le BDSM pour tous OUI

Mais pas n’importe où, pas n’importe comment et pas avec n’importe qui…

Donc où aller quand on est libertin et qu’on a réellement envie de découvrir le BDSM…

Sur Paris il n’y a à ma connaissance qu’un seul club BDSM, cris et chuchotements.

Quant aux soirées en club il n’y en a qu’une seule où je vais avec un très grand plaisir et l’assurance de passer un excellent moment ce sont les folles nuits du Divin Marquis au château des Lys, je recommande cette soirée les yeux fermés. Ness et son équipe font un travail remarquable, notamment concernant la sécurité de tous, les participants sont chouettes, ouverts aux autres, bienveillants et très joueurs, personne ne vous juge sur votre physique, votre look, votre âge ou votre statut…

Pour moi les meilleures soirées auxquelles j’ai participé.

Il y a aussi les soirées de l’Anneau de Justine à l’Angelus, mais pour ces dernières je pense qu’il faut déjà avoir un minimum de connaissances ou être accompagné de pratiquants.

Il y en a d’autres organisées en club par de vrais BDSMeurs, mais je ne les connais pas, je n’y suis pas encore allée, donc je n’en parlerais pas.

Pour les libertins souhaitant participer à des soirées BDSM (hors libertinage) que ce soit en clubs ou lors d’événements privés, voilà quelques règles qu’il est bon de connaitre

  1. Les règles de politesses, dont le vouvoiement, ne sont pas optionnelles dans ces soirées.
  2. Le terme de Maitre ou Maitresse est un titre attribué par le ou la soumis.e, il ou elle est le/la seul.e à l’utiliser, vous pouvez néanmoins appeler un Dom ou une Dom, Monsieur ou Madame.
  3. Une soumise ou un soumis se respecte au même titre que sa/son Dom. Ce ne sont pas mais alors pas du tout des personnes à disposition des autres. Elles/ils ont le droit de dire NON.
  4. On garde une certaine “distance” avec les femmes et en particulier lorsqu’elles se présentent comme soumises sous collier, Messieurs, mesdames, attendez d’y être invités.
  5. Si vous souhaitez faire une proposition “de jeu” à un.e soumis.e sous collier, adressez-vous d’abord à sa/son Dom.
  6. On ne va pas draguer les couples ou le membre d’un couple, ce n’est pas une soirée échangiste.
  7. On ne “joue” pas avec un.e soumis.e sans l’autorisation de sa/son Dom.
  8. Personne n’a autorité pour imposer une position, un salut ou une place prédéfinie à un.e sub. Seul.e la/le Dom a autorité sur son/sa sub (et dans certains cas l’orga de la soirée lorsqu’il s’agit de soirées protocolaires).
  9. Si une situation vous dérange ou vous choque, ce qui peut arriver et ce qui est déjà arrivé… N’intervenez pas, venez en parler à l’organisatrice.teur.
  10. Dans ces soirées certains jeux sont réservés à des profils D/s qui maîtrisent leur art et que vous pourrez admirer, comme les bougies, les cordes, le fouet, le fireplay et bien d’autres. Si vous avez été invités dans une soirée BDSM et envie d’échanger sur ces pratiques, n’hésitez pas à aller les voir avec respect, présentez-vous, osez dire que vous êtes novices, toutes ces personnes venant du D/s sont bienveillantes et aiment réellement échanger et faire découvrir leurs pratiques.
  11. Lorsqu’il y a “jeu”, on reste discret, on fait attention à ne pas troubler la concentration des “joueurs” par des commentaires, des bavardages ou autres… de même qu’on laisse tranquille la/le sub/maso/Dom après la séance, ils ont besoin de redescendre. Ce sont des moments intenses.
  12. ON NE SE BRANLE PAS ET ON NE BAISE PAS À CÔTÉ D’UN COUPLE EN TRAIN DE JOUER… MÊME SI ÇA VOUS EXCITE !!!… (Bah oui j’ai déjà vu ça en club… autant dire que ça n’a pas été apprécié).

Et vous allez me demander et le sexe ?

Je vous répondrais si vous cherchez du sexe comme dans le libertinage ce n’est pas ces soirées qu’il faut fréquenter, dans les clubs il y a toujours des coins câlins où vous pourrez vous isoler, mais une soirée BDSM n’est pas une soirée libertine.

Et pour ceux qui viennent de la communauté BDSM et qui croisent des libertins dans leurs soirées, certain.e.s par méconnaissance de ce monde pourraient être maladroits, ne leur en tenez pas rigueur, expliquez leur simplement ce qui peut se faire et ce qui ne doit pas se faire.

Tous droits réservés ©️ Mitsouko 2019 – Journal d’une bourgeoise délurée

feminisme

Colère !… Colère !… Colère

Féministes de tout bord mais  lâchez-nous et laissez-nous vivre comme on en a envie !…

Vous cherchez quoi ? C’est quoi votre problème ?

Que vous vous battiez contre la prostitution, la violence faite aux femmes, yesssss j’applaudis  des deux mains et je vous soutiens

Que vous parliez de sexualité, si c’est pour encourager les femmes à assumer leurs désirs et leurs envies ! yesssss

Mais bon sang, arrêtez avec cette caricature de la femme qui ne serait qu’un “objet sexuel” utilisée par les hommes, arrêtez de culpabiliser les femmes, arrêtez de dire aux femmes qui se maquillent, portent des talons aiguilles et des décolletés pigeonnants, arrêtez de penser qu’elles ne le font que pour plaire aux hommes !…

Arrêtez de penser et de vouloir faire croire que nous sommes de pauvres cruches sans cervelles qui n’agissons et ne pensons que par la volonté des hommes

Je suis d’une génération où j’ai souffert comme d’autres femmes de ne pas pouvoir assumer ma sexualité.

Je suis d’une génération ou les femmes qui aimaient le sexe étaient jugées, mal vues.

Je suis d’une génération ou beaucoup de femmes comme moi se sont éteintes dans une vie de couple et se sont ennuyées sans une once de plaisir…

Je suis de la génération du “devoir conjugal” si rasoir…

Et pourtant…

J’aurais pu m’assumer et être heureuse, les femmes de ma famille ont été pour la plupart des femmes libres, elles auraient dû être un exemple pour moi, mais plus jeune quand j’ai commencé à avoir des petits amis… trop au goût de la société bien pensante… j’ai été jugée… J’ai eu peur du qu’en-dira-t-on et je me suis “rangée” pour essayer de ressembler à “une honnête femme”. Je suis devenu transparente

Je me suis tout interdit, interdit de fantasmer, interdit de me caresser, interdit de regarder un porno, interdit de désirer, interdit de porter de la lingerie trop sexy…

Qu’est-ce que j’étais malheureuse !

C’est ce que vous voulez vous les féministes radicales ? Engendrer toute une génération de femmes malheureuses ? mal dans leur peau, des femmes qui rejettent leur sexualité ? des femmes qui ont honte de ce qu’elles voudraient être ?

Dans les années 70 le féminisme rimait avec révolution sexuelle, 50 ans plus tard le féminisme rime avec culpabilisation sexuelle.

On est au vingt-et-unième siècle,

On a la chance de découvrir grâce aux réseaux sociaux des sexualités alternatives qui nous parlent.

On a la chance de pouvoir échanger avec des personnes qui ont les mêmes envies que nous.

On a la chance de pouvoir choisir nos partenaires sexuels quel que soit leur genre et le nombre.

On a la chance de pouvoir porter des converses ou des talons aiguilles selon notre humeur.

On a la chance de pouvoir porter une petite culotte en coton ou un corset en cuir si on en a envie.

On a la chance de pouvoir mettre un soutien-gorge ou d’être poitrine nue.

On a la chance de trouver encore des hommes que vous n’avez pas castrés capables d’assumer leur bestialité.

On a la chance de pouvoir être proie ou/et prédatrice.

Le féminisme c’est se battre pour l’égalité des sexes, se battre pour les droits des femmes et c’est aussi leur permettre de vivre comme elles en ont envie…

D’être des objets sexuels si elles le veulent…
D’être femmes au foyer si c’est leur choix…
De dévorer les hommes si les queues sont leur gourmandise…
Et si tel est leur plaisir…

De s’offrir ou de se refuser…

De se soumettre ou de dominer…

De convoiter et d’être un objet de convoitise…

De baiser ou faire l’amour…

D’être caressée ou caressante…

De griffer ou être lacérée…

De tendre la joue pour un baiser ou une paire de gifles…

D’être pénétrée ou pénétrante…

De jouir sans entraves ou ligotée…

Mesdames les nouvelles féministes, arrêtez de culpabiliser les femmes, et de vouloir nous imposer votre vision !…

Vous êtes pire que le patriarcat que vous combattez !…

De par vos propos, vous divisez les hommes et les femmes, vous nuisez à l’évolution de la femme dans cette « fameuse société patriarcale », vous donnez des arguments à tous ces jeunes hommes qui traitent de pute une femme en mini jupe.

Vous enchainez les femmes comme le patriarcat a pu le faire.

Vous vous trompez de combat ! Foutez-nous la paix,

Tous droits réservés ©️ Mitsouko 2019 – Journal d’une bourgeoise délurée

 

BDSM-DecouvrirLesJeuxDivinMarquis

Votre chérie a lu 50 nuances de Grey, histoire d’Ô ou un roman d’Eva Delambre et elle a osé vous exprimer ses désirs et ses fantasmes inavoués…

Elle a envie de jeux “D/s“… voire plus…

C’est chouette, vous allez pouvoir découvrir tout plein de nouvelles sensations et explorer d’autres jeux.

Mais avant de vous lancer il y a quelques règles à connaitre, des règles de sécurité et aussi des règles d’hygiène dont on n’a pas forcément conscience quand on débute dans les jeux D/s.

Il fut un temps que les moins de vingt ans ne peuvent ne pas connaitre… un temps ou ces jeux étaient confidentiels et se pratiquaient dans des cercles d’initiés. Mais ce temps est révolu, les jeux D/s se sont “démocratisés » et font partie maintenant des jeux de tout un chacun que l’on soit libertin ou simplement un couple.

Je ne vais pas rentrer dans les détails des jeux “extrêmes“, comme les jeux d’aiguilles ou le knife play en général ceux qui les pratiquent font déjà partie du milieu BDSM et ont une très bonne connaissance des règles de sécurité et d’hygiène à mettre en place, ni de la philosophie du BDSM.

Je vais rester simple et seulement me concentrer sur les jeux auxquels on peut s’adonner dans le monde libertin ou en couple pour vous permettre de faire vos premiers pas, des jeux que je vois parfois sur les photos de profils et qui pourraient vous tenter, juste  pour que vous y trouviez du plaisir en toute sécurité. C’est souvent avec ceux-là que l’on commet des erreurs lorsque l’on est novice, que ce soit en tête-à-tête ou en soirée et non pas par manque d’hygiène ou de sécurité, mais juste par méconnaissance, parce que pris par le jeu et l’excitation on n’y pense pas…

Votre chérie vous a exprimé ses envies de jeux D/s, cela a fait son chemin dans votre tête et vous êtes parti dans les boutiques pour vous équiper : vous avez acheté un collier, quelques cordes, un martinet et une cravache ou un paddle, souvent ce sont les premiers accessoires que l’on achète.

Vous voilà le soir venu, vous avez eu envie de lui faire une surprise, préparé une jolie ambiance pour satisfaire son désir de nouveaux jeux. Vous la mettez en condition, vous lui mettez un bandeau sur les yeux, lui passez le collier, lui attachez les poignets aux barreaux du lit… Elle est toute excitée et vous pouvez commencer à jouer… Quelques petits coups de cravache sur les fesses, à l’intérieur des cuisses… Hummmmm… Elle a l’air d’aimer… passons à la chatte… on tapote c’est bien humide tout ça… on écarte les lèvres du bout de la cravache… de l’autre main on prend le martinet on fait claquer un peu…

Oh le martinet… son manche vous donne des idées lubriques… Il vous vient une envie subite de le lui fourrer dans la chatte…

Vous avez passé une superbe soirée… mais voilà le lendemain madame ça la gratouille… Elle s’est juste chopée une mycose…

C’est du vécu, avec une cravache qui a juste servi à écarter mes lèvres… Et dans l’univers libertin, jamais jusqu’à présent je n’ai rencontré de problèmeS avec la communauté BDSM, plus consciente des risques

Sur les sites libertins vous avez aussi des personnes qui se proposent de vous faire découvrir les jeux D/s “soft”, j’ai souvent échangé avec elles, que ce soit des couples ou des hommes seuls. On parle souvent de nos limites à ne pas dépasser parfois de sécurité, mais très rarement d’hygiène. Il est important de le faire, il ne faut pas hésiter à poser des questions et encore plus lorsque vous n’avez pas votre propre matériel et que cette personne va utiliser le sien, matériel qu’il/elle aura utilisé sur bien d’autres personnes avant vous… Pensez-y…

Personnellement j’ai fait le choix de posséder mes propres jouets et à part avec des personnes dont je suis sûre et dont je connais la rigueur je ne me laisse pas approcher par un accessoire qui ne m’appartient pas.

 

Points

LesJeuxLesPlusConnus

dans la communauté BDSM on parle souvent de pratiques SSC (Sain, Sur et Consensuel) sans vraiment les détailler et ce qui peut être sur et sain pour les uns peut être considéré comme dangereux pour d’autres. Je vais donc simplement vous donner les règles que j’ai adopté pour moi même.

• les jeux d’impacts

Que ce soit avec un simple martinet, une cravache – ou même un fouet si vous souhaitez aller jusque-là – il y a des précautions à prendre.

La première on s’assure que la peau du sujet est saine (pas de blessures ou d’écorchures, pas de grain de beauté douteux)

On s’assure que son matériel est parfaitement nettoyé et “désinfecté”, on peut par exemple passer sur chaque lanière une compresse imprégnée de biseptine, ou utiliser un spray (avant et après les jeux)

Si la personne avec qui vous jouez en soirée n’est pas quelqu’un que vous connaissez ou n’est pas votre votre sub ou votre compagne si vous êtes simplement libertin, ne jouez pas avec votre martinet, votre paddle ou votre fouet sur son sexe. Et vous mesdames refusez

S’il ne veut pas. Ne jouez pas.

Après le jeu, nettoyez avec une lingette désinfectante la peau de votre sujet, même si elle ne vous paraît pas blessée et si besoin appliquez lui une crème à l’arnica.

Ne laissez pas trainer vos jouets et encore moins sur des matelas trempés de fluides corporels…

La plupart des accessoires d’impact sont en cuir, le cuir “boit” et ne se désinfecte pas vraiment, il faut être très vigilant.

J’ai vu chez Métamorphose, des petits martinets en silicone, ça peut être une bonne option dans les soirées libertines, ça se nettoie facilement.

Et si vous en venez à des jeux d’impact plus durs, que votre partenaire se révèle être maso et vous sadique, il faut apprendre, il y a des zones qu’il ne faut jamais frapper, même en douceur…

 

• Sextoys, Fist et pénétrations extrêmes

On met un préservatif sur tous les sextoys, même les siens en soirée.

Un plug ne se prête pas. Chacun le sien.
Pour certains godes de taille extrême on peut utiliser des préservatifs féminins et lorsque c’est impossible on s’assure qu’il soit très propre et dans ce cas c’est comme pour le plug, on ne le prête pas.

Les sextoys en verre sont très jolis, mais au moindre choc ils ne doivent plus être utilisés, ils peuvent être fragilisés par une chute sans que l’on s’en aperçoive

Ah et les légumes… bah oui vous pourriez avoir envie de jouer avec… pourquoi pas mais même bien rincés, mettez leur un préservatif… les légumes sont porteurs de pesticides et ce n’est pas bon pour la flore vaginale.

Il en va de même pour tout ce qu’on peut vouloir faire pénétrer dans vos orifices intimes, comme les crayons ou les baguettes chinoises en bois, l’hygiène est très loin d’être garantie, et il peut y avoir de petites échardes qui peuvent blesser.

Le fist, on se lave les mains avant (et après bien sûr), et on met toujours des gants chirurgicaux, les ongles doivent être courts et les mains vierges de toutes bagues.
Pour cette dernière pratique j’ai souvent vu des cams sur wyylde ou « les acteurs » pratiquaient le fist sans gants et avec des bagues aux doigts, j’ai aussi vu en soirée libertine des femmes fister avec des ongles longs… Et ce n’est pas parce qu’on se connait qu’on est en couple et seuls à la maison qu’il ne faut pas appliquer ces principes de précaution.

Je vais insister, mais ces manquements aux règles d’hygiène je les ai plus souvent vu dans le cadre libertin que BDSM…

 

• Bougies et fire play

Je vois de plus en plus de photos de ces jeux sur les sites libertins ça parait simple et facile, mais ça peut aussi être très dangereux. A l’époque où j’ai découvert les jeux de bougies il y en avait encore très peu et mes envies de ces plaisirs n’étaient pas liées au BDSM, j’avais juste remarqué que la chaleur me procurait une excitation.

Comme pour les jeux d’impact assurez-vous que la peau de votre partenaire est saine. Vous êtes débutant, n’utilisez que des bougies basse température.
Sur les photos vous avez vu que la bougie est très près du corps, n’essayez pas d’imiter… Commencez haut, testez la chaleur de la cire sur votre main et laissez-vous guider par votre partenaire, convenez d’un code (code valable pour tous les jeux), on utilise souvent les couleurs dans les jeux (vert = continue/encore • Orange = Doucement/ralenti • Rouge = STOP).

La personne qui reçoit la bougie doit être nue, surtout pas de bougie sur des culottes ou string en nylon même si c’est tentant la première fois, on pense que ça pourrait limiter la sensation de brulure comme une barrière protectrice… mais non la matière pourrait fondre et coller à la peau et même s’enflammer…
Il y a aussi quelque chose de très joli, mais que je déconseille aux débutants c’est de poser les bougies sur le corps, une bougie coincée entre les fesses par exemple. Il faut être capable de maitriser les réactions de sa/son partenaire pour éviter les accidents

Le fire play… C’est beau, c’est impressionnant ça donne envie… je ne vous donnerais pas d’explication sur la pratique, elle est dangereuse il faut impérativement être accompagné lorsque l’on débute, on ne doit pas essayer seuls.

 

• Les jeux de contrainte

Règle de sécurité numéro un, on ne laisse jamais une personne immobilisée seule et on doit s’assurer de faire attention à ne pas couper la circulation du sang avec des liens trop serrés que ce soit des menottes, des bracelets en cuir ou des cordes. Il y a des endroits du corps sur lesquels on ne doit pas exercer de pression.
Et même si vous l’avez vu sur des photos on ne passe JAMAIS une corde autour du cou !… Une mauvaise réaction de l’attaché.e, un geste brusque et cela peut se transformer en drame. Attention aussi à certains colliers d’acier très jolis mais à mon humble avis mal adaptés pour les jeux… Un geste brusque, on tire trop fort sur laisse et on peut porter un mauvais coup sur le larynx. Penser aussi aux risques d’allergie et d’œdème, ces collier s’ouvrent avec une clé, un code ou une clé allen, ça peut être long de libérer la personne qui s’étouffe, un collier de cuir se découpera plus facilement.
Comme pour les jeux d’impact je refuse que les cordes passent directement sur mon sexe, les cordes ne se désinfectent pas.

Vous êtes dans une soirée libertine et on vous propose de tester le shibari… Pourquoi pas, mais à la condition que le rigger soit expérimenté. Faire de jolis nœuds c’est une chose… bien réagir en cas de panique de l’encordé c’est tout autre chose… et peut-être la plus importante à mes yeux…

L’asphyxie érotique fait partie des jeux de contrainte, que ce soit par l’étranglement ou au moyen d’un sac sur la tête… La c’est simple je ne joue pas et je ne donnerais pas de conseil, je vous parlerais seulement des très gros risques que vous prendrez si vous voulez vous y essayer.
C’est une pratique très dangereuse qui peut entrainer la mort. Le jeu du foulard pratiqué par les gamins en est une variante, il y a eu assez de drames. À chaque fois que vous privez le cerveau d’oxygène vous détruisez des neurones, les conséquences de ce jeu sont invisibles à l’instant T, elles peuvent apparaitre bien des années plus tard et elles sont malheureusement irréversibles.

Je vous ai parlé des jeux que j’ai vu pratiquer dans le cadre du libertinage, je vais aussi vous parler un tout petit peu psychologie. Il faut avoir conscience que parfois ces jeux bien que désirés peuvent être mal vécus, faire appel à des événements douloureux de notre passé. Il est important de pouvoir en parler, si vous sentez votre partenaire mal à l’aise, si vous détectez “un problème” ne lui dites surtout pas “C’est toi qui a voulu ces jeux je n’ai fait que répondre à tes désirs”. Votre partenaire n’aura peut-être pas elle-même conscience de ce que cela a pu remuer chez elle. La première fois que j’ai reçu une fessée je me suis effondrée et je ne m’y attendais pas, cela a réveillé de mauvais souvenirs que j’avais occulté depuis des années.

J’ai aussi vu un homme très mal à l’aise lors d’une soirée libertine quand sa femme a voulu tester les jeux d’impact… Il était tenaillé entre deux sentiments contradictoires… Voir sa femme prendre du plaisir et voir un homme « la brutaliser » d’abord avec des martinets pour finir avec un fouet… Le dominant qui a joué sur sa femme s’en est aperçu et ils ont beaucoup discuté ensemble.

Certains jeux lorsqu’ils sont plus poussés et qu’on y est sensible provoquent une montée d’adrénaline et un bien-être, une impression de planer, une perte de connaissance qui peut impressionner ceux qui ne sont pas initiés… Et quand on plane… et bien à un moment il faut atterrir… Par deux fois en club libertin j’ai subi un atterrissage difficile, pas à cause des jeux, mais à cause de la foule trop présente, des personnes qui vous effleurent qui essaient de vous parler… Je me sentais agressée alors que je ne l’étais pas… Je devenais agressive alors que je venais de connaitre un plaisir très intense…

J’espère que je ne vous ai pas trop fait peur et que votre envie de jouer est toujours présente, ces jeux apportent beaucoup lorsqu’ils sont pratiqués en toute sécurité.

J’ai certainement oublié “des trucs”, je ne sais pas tout et ce que je vous propose est lié à ma propre expérience, d’autres n’appliqueront peut être pas les mêmes règles, ou en auront d’autres.

Si vos premières expériences vous ont plu et que vous avez envie d’aller plus loin, n’hésitez pas à vous renseigner et vous faire accompagner dans votre découverte. Dans toutes les régions il y a des munchs, des apéros, des associations qui vous accueilleront et pourront vous guider et répondre à vos interrogations.

J’ai découvert récemment une association qui fait de la prévention, PariS-M, n’hésitez pas à aller voir leur site et participer à leurs événements.

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ATTENTION

ALCOOL ET SUBSTANCES ILLICITES
NE FONT PAS BON MÉNAGE AVEC
LES JEUX DU DIVIN MARQUIS

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Adrenaline

Points

Cette année je voulais relever un défi, participer au PNE, le prix de la nouvelle érotique.

Ce prix se déroule la nuit du passage à l’heure d’hiver, une nuit blanche pour écrire, du café en perfusion, et deux contraintes, un contexte de situation et terminer par un mot imposé.

Mais à cette date je n’étais pas disponible je n’ai pas pu concourir, et peut-être que je n’aurais pas été retenue lors des présélections, je ne suis pas écrivain, juste une blogueuse. Mais j’avais envie d’écrire cette nouvelle et de savoir si j’étais capable d’écrire un texte à la demande.

Je ne suis pas certaine d’avoir compris le thème imposé, mais voilà le texte que cela m’a inspiré, j’espère qu’il vous plaira.

CONTEXTE DE SITUATION : « ONE MORT TIME »
MOT FINAL : ENTONNOIR

Points

Mes fantasmes deviennent de plus en plus obsessionnels, j’ai besoin d’aller plus loin, d’assouvir cette soif de découverte, ce désir de ressentir de nouvelles sensations…

J’ai besoin de connaitre mes limites et surtout de les dépasser.

Depuis un an je ne baise plus, je n’en ai plus envie, le sexe ne me suffit plus, je m’ennuie au lit. Peu importe le genre de mon partenaire… homme… femmes… T-girl… A chaque fois je reste sur ma faim.

J’ai besoin d’adrénaline, de perversions et de douleurs maîtrisées, j’ai besoin d’avoir peur…

Cette peur qui m’excite… celle qui ouvre ma chatte et trempe l’intérieur de mes cuisse…

La première fois que j’ai ressenti l’effet de la peur c’était il y a deux ans, une de mes premières rencontres après une longue période d’abstinence. Je m’étais inscrite sur un site, j’avais accepté un rendez-vous au bar d’un hôtel.

Je n’étais pas habituée, j’avais déjà une boule au ventre, je ressentais les premiers effets de la peur.

Nous nous sommes retrouvés au bar, il m’attendait sûr de lui. Il a ôté mon manteau, de son regard noir il m’a détaillé de la tête aux pieds, a dégrafé un bouton de mon chemisier – je devais certainement être trop sage à son goût – il a passé sa main sous ma jupe…

Je me sentais honteuse, j’avais l’impression d’être une jument avant une vente…

Nous nous sommes assis, il a commandé une coupe de champagne sans me demander ce que je souhaitais, nous n’avons pas échangé un mot, juste des regards. J’étais mal à l’aise mais très excitée et il le voyait.

Je crois que ce soir-là j’ai descendu ma coupe de champagne comme une assoiffée.

Il s’est levé, m’a saisi fermement le bras, je me suis laissé faire, je ne savais pas ce qui m’attendait je savais juste que j’avais peur et que cette peur m’excitait. Nous avons pris l’ascenseur, il me fait entrer dans une chambre. Il me retourne, me plaque fermement contre le mur, une main sur ma bouche l’autre à l’intérieur de mes cuisses, je suis trempée, totalement ouverte. Mes jambes tremblent, je sens ses doigts me fouiller, son pouce malaxer mon clitoris…Oh pas longtemps… Juste le temps de vérifier que je suis prête à subir ses assauts… Sa main me laisse enfin respirer, il dégrafe son pantalon… Je sens sa queue me pénétrer… Son souffle… Son corps écraser le mien contre cette paroi… ses mains pétrir ma chair. Il est brutal, il ne m’a pas fallu cinq minutes pour jouir.

La peur avait remplacé les préliminaires bien plus efficacement.

Je l’ai quitté le lendemain matin, très tôt en sachant que je ne le reverrai pas.

Il m’a fallu du temps pour accepter ce que j’ai fait ce soir-là, suivre un inconnu dans une chambre d’hôtel, ne rien savoir de lui, me laisser malmener et y prendre du plaisir… Comprendre que la peur est une de mes sources d’excitation…

Pendant quelques temps j’ai repris une vie sexuelle plus classique, mais le besoin d’adrénaline est très vitre réapparu, ressentir à nouveau les effets de la peur…

Dès que je le pouvais j’organisais des rendez-vous avec des inconnus, j’aime être attachée, avoir les yeux bandés… Ne pas savoir… Me laisser utiliser…

A chaque fois des rencontres uniques… mais elles finissent par toutes se ressembler…

Je n’arrive plus à lâcher prise, Il me faut autre chose…

La douleur est une de mes autres sources d’excitation…

Pas la douleur que l’on a tous connu en se blessant…

Non, une douleur recherchée, une douleur qui vous fait décoller, une douleur qui vous grise comme l’alcool, une douleur qui vous met dans un état second…

Je retrouve cette adrénaline dans des jeux de bougies ou d’impact, toujours contrainte et aveuglée. J’aime ça, j’aime être à la merci de mon tortionnaire.

Les bougies sont un de mes jeux préférés, je suis réceptive à la chaleur.

M’épiler m’excite, pendant que la cire fond dans l’appareil je dois aller me laver et me sécher… je suis déjà trempée…

Je dépose la cire brulante sur mon sexe… C’est douloureux mais que c’est bon…

Il m’est arrivé de me brûler à m’arracher la peau sans que ça fasse retomber mon excitation. A chaque fois mon sexe dégouline, mon vibromasseur n’est jamais loin.

Quand je m’épile je sais quand la cire va toucher ma peau, je gère, je maitrise. Mais quand on joue avec mon corps je suis dans l’attente, je suis à la merci du bon vouloir de mon tortionnaire. L’attente est douloureuse, excitante. Ma chatte est sous tension, elle souffre de la faim.

Quelle étrange sensation que la caresse de la brûlure. Les gouttes de cire tombent sur ma peau, elles atterrissent sur mon ventre, mon sexe, le premier contact est violent, brulant, ça ne dure qu’un court instant.

Les gouttes sont comme des galets qu’on jette sur l’eau, leur atterrissage est rude pour laisser la place à des ondes de plaisirs, plus la cire tombe plus les ondes sont puissantes et pénétrantes laissant remonter une divine sensation tout le long de mon échine.

Mon bas ventre est en feu, enflammé par un besoin qu’on me fasse gicler pour éteindre cet incendie. Je ne sais plus ce qui coule entre mes cuisses… La cire des bougies ou le jus de mon sexe.

Mon tortionnaire glisse ses doigts dans mon vagin, il les retire me les fait lécher…

Je lèche, je me régale… Une claque sur ma chatte, deux claques, il continue de plus en plus fort. La dernière goutte de cire, plus proche de mon sexe, quelques centimètres, celle que je n’attendais pas. Un cri rauque sort de ma gorge, je râle, je me cambre. La jouissance libératrice, celle dont j’avais tant besoin.

Il me laisse souffler, mais rien n’est fini. Il faut enlever la cire, j’ai froid, je plane encore, les effets de l’adrénaline. Il me saisit, me contraint fermement. Je ne peux pas bouger, je sens la lame de son couteau parcourir mon corps, cette lame qui peut m’entailler à tout moment. Je ressens la peur au ventre, c’est bon, c’est excitant…

S’obliger à rester immobile, rester immobile avec une putain d’envie de jouir. Peur de jouir, peur d’être tailladée par cette lame au moindre mouvement. De nouvelles sensations…

Un orgasme muet, puissant, invisible… Lui sait…

Le corps n’a pas pu s’exprimer, j’ai cru que mon cerveau aller éclater. J’ai eu peur, une autre peur, une peur irraisonnée de ne plus pouvoir revenir.

Peur de mourir de plaisir…

Ces moments sont rares et précieux. Je ne fais plus de rencontres classiques, je n’en ai plus envie. Je me satisfais seule, avec mes jouets. Mais c’est de plus en plus difficile. Un vibro, deux vibro, parfois trois… Il faut bien ça pour que ça claque encore dans ma tête, je jouis, plusieurs fois… je sais que je peux connaitre autre chose. J’insiste, je continue, ça devient insupportable, douloureux, j’en veux encore, mais mon clitoris ne tolère plus le moindre contact… je voudrais aller au-delà de cet orgasme mécanique, aller au-delà du supportable… mais j’ai la trouille ! la trouille d’y rester… la trouille que mon cerveau lâche… La trouille de ne plus être capable de revenir…

Seule je n’aurais jamais le courage de franchir cette limite, on ne peut pas forcer l’orgasme soi-même. J’ai déjà assisté à des séances d’orgasme forcé en réel et en cam. Une femme est attachée elle ne peut pas se délivrer, elle ne peut pas esquiver le vibromasseur de son tortionnaire. C’est très impressionnant. A chaque fois je serre les dents, les fesses, les cuisses. Tout ça bien fermé rien ne risque de passer. Ça a l’air tellement intense. Elle subit, elle se débat, parfois elle convulse, elle hurle, impossible de savoir si ses cris sont dus au plaisir ou à la douleur. J’ai l’impression qu’à la place de cette femme je ferais une crise cardiaque !…

J’ai besoin de savoir, besoin de connaitre cet orgasme suprême, ce graal… Mon graal…

Deux peurs se télescopent. Celle qui m’excite et celle qui me fait reculer.

Mais aujourd’hui celle qui m’excite a pris le dessus, elle a gagné.

Le hasard des rencontres m’a mis sur le chemin d’un couple, nous nous sommes déjà croisés, jamais intimement, mais j’ai confiance, j’ai confiance parce qu’elle elle sait, elle connait le graal. Je les ai vu en cam, elle était attachée subissant les vibrations du fairy black, dans l’impossibilité de se dérober, lui usant et abusant de cet instrument de torture.

Depuis je n’ai cessé d’y penser… de fantasmer…

Lors d’un diner, nous nous sommes revus, nous avons échangé, elle voudrait me dominer, je n’aime pas être dominée par une femme. Mais j’ai accepté, j’en ai envie,  je lui ai confié mes désirs et mes craintes. Ils vont me faire découvrir autre chose, de nouvelles sensations. Je leur ai donné carte blanche, je suis joueuse, la présence de cette femme me rassure. Une soirée ou je vais me soumettre, une soirée ou mes deux sources d’excitation la douleur et la peur seront exacerbées par la contrainte et la privation de la vue.

Une soirée clôturée par cet orgasme forcé que je redoute tant.

Mes deux peurs se télescopent toujours, parfois la peur de ne pas revenir prend le dessus.

N’appelle-t-on pas la jouissance la petite mort.

Un célèbre président est mort en épectase… son ultime orgasme, sans doute le plus beau.

Bientôt je vais atteindre “mon graal”, peut-être ma seule et unique fois.

One more time…

One more time…

One more time…

One Mort time…

Le rendez-vous est pris, je ne peux plus reculer, je ne veux pas renoncer. Je compte les jours. Mon excitation croît autant que ma peur. Je dois la maintenir, l’amplifier, je voudrais la concentrer pour mieux en profiter. La mettre en bouteille, pour pouvoir l’inhaler  et me shooter avec le jour venu.

Chaque jour d’angoisse, chaque jour d’attente est un grain de sable dont je remplis cette bouteille.

Pour ne pas perdre un seul de ces grains de sable je les fais passer par un entonnoir…

Tous droits réservés ©️ Mitsouko 2018 – Journal d’une bourgeoise délurée

 

Justeunefemme

Mon parcours dans le libertinage m’a permis de confirmer ce que je recherche chez un homme, ce que j’attends de lui, j’ai toujours aimé les hommes dominants et mon évolution ces dernières années m’a naturellement guidée vers la communauté BDSM. Mon annonce n’a jamais changée, je n’ai pas eu besoin de modifier celle que j’avais rédigée quand j’ai débuté dans le libertinage… Comme quoi…

“J’aime les hommes dominants et directifs…
Respectueux et attentionnés…
Forts… tout en douceur
Surs d’eux… mais capables de s’abandonner…
Capables de me soulever… sans me bousculer…
Me maintenir… sans contrainte…
Faire de moi leur objet sexuel… sans me considérer comme un objet…
Dominants sans avoir besoin de « soumettre »…”

En allant vers cette communauté j’ai découvert d’autres jeux, des jeux dont j’ai maintenant besoin tout autant que j’ai toujours eu besoin d’un homme directif.

Mais je ne suis pas à la recherche d’un Maitre, et je ne cherche pas à me soumettre.

Je sais aussi que les rencontres sans lendemain ne me suffisent plus, que j’ai besoin d’avoir à mes côtés quelqu’un en qui je puisse avoir une totale confiance, cette confiance qui nous permet vraiment de lâcher prise, de ne plus faire attention, de ne pas se retenir, de libérer la parole et les gestes, toutes ces petites choses que nous nous devons de contenir quand nous jouons avec un partenaire occasionnel.

Après avoir utilisé les sites libertins, je tente les sites BDSM, mai au final c’est la même chose, on retrouve à peu près les mêmes profils, les mêmes annonces, les mêmes messages… La plupart de ces hommes dit “dominants” recherchent des femmes soumises dès les premiers mots échangés, ils se ferment à la diversité… Soumise… point barre !

“Homme dominant cherche femme docile”

Vous me ferez remarquer que c’est normal puisqu’ils sont des Dominants et que leur alter égo “logique” est une sub…

Mais la moi je bloque… la bourgeoise délurée que je suis est déstabilisée par les codes de la rencontre D/s. Je les trouve trop “formatés” ils manquent de spontanéité, ils ne laissent pas de place ni aux émotions ni à la séduction… chaque fois que je suis entrée en contact avec un “Dominant” j’ai le plus souvent eu l’impression de répondre à un “appel d’offre”.

Sur Facebook il m’est arrivé de répondre à un homme qui avait posté une annonce qui ressemblait à une offre d’emploi…

“Et vous qu’est-ce que vous proposez ?”

C’est vrai que le reproche que je lui ai fait je pourrais aussi me le faire…
Mais sur mon annonce, je ne propose rien, et je ne dis pas “JE VEUX“, je dis simplement ce que j’aime sans fermer la porte à d’autres.

Et puis proposer quoi ? Donner quoi ?
Pour proposer quelque chose à quelqu’un il faut le connaitre un minimum…
Je ne prévois pas ce que j’ai à donner, c’est selon la personne et ce qu’elle m’inspire, c’est un peu comme quand vous invitez quelqu’un à diner, pour certains vous commanderez des sushis et achèterez une bonne bouteille de chablis, pour d’autres vous vous mettrez pendant deux jours aux fourneaux pour faire un coq au vin accompagné d’un Pommard, tout dépend de ce qu’ils aiment, de ce que vous savez faire et de vos envies.

Et que ce soit des sushis ou un coq au vin, pour moi le plaisir de recevoir et de donner reste le même

Contrairement au libertinage, la plupart des personnes de la communauté BDSM cherchent une relation à long terme, il faut bien se connaitre et établir une relation de confiance pour être libre d’exprimer ses envies et de repousser ses propres limites, il est donc légitime d’avoir certains “critères de sélection”.

Mais finalement ces annonces ainsi rédigées ne faussent-elles pas la rencontre…
Ne nous privent-elles pas de belles aventures ?
Celles que nous pourrions faire en fonction du nombre de cases cochées, sont-elles vraiment sincères et viables ?

Je m’explique, une Soumise ou un Maitre se retrouve “sur le marché du célibat”, certains et certaines vont être intéressés, comme elle ou il est demandeur, celui-ci est en position “de force”, il interroge, dirige, oriente vers ce qu’il attend questionne sur ce que vous êtes capable de proposer, si la personne en face ne se sent pas capable de répondre à ses attentes elle va abandonner, ressentant certaines questions comme une pression, déçue peut-être parce qu’elle aurait bien aimé, qu’elle était attirée mais ne se sent pas à la hauteur et préfère renoncer parce qu’elle sait que le demandeur ne sera pas satisfait et qu’elle risque de vivre cette relation comme un échec, une humiliation… ou alors elle veut tellement être “sélectionnée et retenue” qu’elle peut aussi prendre le risque de se “survendre” en promettant qu’elle est capable d’offrir “les services” tant attendus, et la forcément si elle n’en est pas capable et qu’elle a menti sur “ses aptitudes» ça ne peut être que déception pour l’un et l’autre…

Dans tous les échanges que j’ai pu avoir avec ces hommes, “ma soumission” ou “ma domination” reviennent systématiquement dans la conversation, oui parce que si je ne suis pas soumise je suis forcément dominante… ou swich mais quand on est swich on est quand même plutôt soumise ou plutôt dominante… et à chaque fois je suis de nouveau obligée de me justifier et d’expliquer…

Dernier échange “Quel est votre cheminement pour aborder votre soumission”… et bla et bla et bla…

Au final avec ces hommes, même si je les trouve intéressants je finis par renoncer, ils ne sont pas capables de voir la personne que je suis, ils voient seulement “le statut” qui leur plairait que je sois ou celui qu’ils voient en moi (soumise, Domina, Brat, souminatrice, etc, etc…)

Est-ce que je suis un chef étoilé parce que je suis capable de faire un coq au vin ?
Est-ce que je suis sportive parce que j’ai plusieurs paires de baskets ?
Est ce qu’on nait féministe ou on le devient ?
Est ce qu’on nait anarchiste ?
Est ce qu’on nait soumise ou Domina ?

Comment pourrais-je leur dire oui vous avez raison…
Comment pourrais-je me définir soumise ou Domina, je n’ai jamais été ni l’un ni l’autre…

Vouloir m’imposer un qualificatif “soumise ou dominante” finit par me mettre en colère, la même colère que j’éprouve quand on met en doute mon féminisme sous prétexte que j’aime porter des talons et des jupes, ou que j’apprécie de chouchouter un homme que j’aime.

Je ne vous dirai jamais que je suis soumise, simplement parce que je ne peux pas vous promettre d’obéir, d’adopter les fameuses 12 positions, le protocole, que si je veux m’asseoir sur un fauteuil je ne vous demanderai pas la permission je le ferai, que vous ne choisirez pas ce que je porterai en soirée, que si j’ai envie de vous dire Merde, je vous le dirai, que si j’ai envie de vous dire que ce que vous me faites ne me plait pas je vous le dirai, que si j’estime que vous me fouettez mal le cul je vous le dirai et que j’essaierai de vous guider pour que j’y trouve du plaisir, que je ne baisserai pas la tête pour votre plaisir, et que je ne ferai jamais rien pour faire plaisir à un homme si ça ne me convient pas même si je l’aime.

Comme je ne vous dirai pas que je suis Domina parce que je ne sais pas faire, que même si j’aimerai vous faire plaisir j’aurai peur de vous blesser, que je ne pourrai pas vous humilier si c’est ce que vous souhaitez, que devenir votre Déesse ou votre Reine ne m’intéresse pas et ne me plait pas, parce que je suis aussi une femme indépendante et être indépendante pour moi ne veut pas dire avoir un “boy à tout faire”. Que je ne veux pas être couverte de cadeaux, je n’aime pas les cadeaux sauf ceux qui ont un vrai sens. Et que je déteste qu’on me lèche les pieds au sens propre et figuré. Et que même si je suis directive, je n’ai pas envie de décider pour vous, que je préfère être dans le partage.

Tout ça peut paraître très caricatural, mais c’est ce qui ressort de la plupart de mes échanges.

Nous sommes des hommes et des femmes avant tout, et s’il y a un vrai feeling entre deux personnes, pourquoi bloquer sur “ces qualificatifs”

Une de mes amies m’a récemment fait remarquer que je n’aime que les hommes dominants, je lui ai dit d’aller voir mes témoignages sur wyylde, certains venaient d’hommes qui ne correspondent pas à ma recherche, bien au contraire mais il y a eu un feeling et nous avons mis de côté nos critères pour nous rencontrer et vivre de jolis moments.  Sans oublier deux belles rencontres que j’ai fait je les aurais sans doute ratées si nous étions restés sur nos seules recherches, nos seuls critères de sélection, sans ces rencontres je n’aurais jamais vécu tous ces moments magiques, je n’écrirais pas, je n’organiserais pas, je n’oserais pas exprimer mes envies, je n’oserais pas être moi-même, et pire je ne m’assumerais pas.

J’ai une vision particulière du “Mâle dominant”, je me suis aperçu qu’elle choque, je le compare à un combattant, un meneur, un homme qui aime les défis, prêt à les relever… A un toréro qui cherche à faire plier le taureau qui le provoque, ou au cowboy qui monte un cheval sauvage pour finalement l’apprivoiser…

N’y a-t-il pas plus de plaisir à soumettre un animal sauvage et obtenir sa reddition ?

Obéir m’ennuie…

Certains y percevront une demande de violence…

Non, je n’aime pas les hommes violents, et je ne permets pas à un homme de l’être.
Mais quand j’ai une relation avec un homme, j’aime une certaine forme de brutalité.
J’aime qu’il me plaque contre le mur, j’aime qu’il me saisisse le bras fermement pour m’attirer à lui, j’aime le ton de sa voix affirmé, j’aime son coup de pied pour me faire écarter les jambes, j’aime le sentir sur de lui. Mais j’aime aussi pouvoir me blottir dans ses bras, me sentir protégée, devenir chatte et me frotter contre lui sans vergogne…

Je ne cherche pas de Maitre, juste un homme capable de me suivre, de proposer mais aussi de me ralentir quand c’est nécessaire, un homme qui enrichirait mes fantasmes et ma perversité, mais aussi un homme à qui je pourrais parfois confier les rênes… et surtout quelqu’un qui me laisse être qui je suis sans vouloir me transformer comme lui voudrait que je sois.

Un homme qui voit d’abord en moi une femme, avec ses défauts et ses qualités.

Ah mais ouiiiiiii voila c’est ça… j’en imagine certain.e.s me qualifier de Brat ou de souminatrice…

Non je ne suis ni l’une ni l’autre, je ne me rebiffe pas pour le plaisir de contredire, le plaisir d’énerver monsieur…

Non je provoque pour en tirer du plaisir.

M’agenouiller devant vous en tendant la cravache ne me fera ni chaud ni froid… au mieux ça m’ennuiera au pire ça m’énervera et je m’en irais.

Mais obligez-moi à mettre genou à terre et la louve que je suis vous regardera fièrement droit dans les yeux les cuisses dégoulinantes

Accepter de se sentir dominée ne veut pas dire se soumettre…
C’est “lâcher prise”… Faire confiance, accepter de se laisser guider…
S’en remettre à l’autre… Mais pas à n’importe quel autre…

Juste se sentir femme…
Une femme mise en valeur par l’étreinte et le regard d’un homme…

Les codes de la rencontre D/s manquent de séduction…

J’ai essayé et j’essaye encore… et même quand je suis très attirée par la personne je ne sais pas fonctionner de cette façon. Je ne sais pas répondre à des critères, j’ai besoin de séduire et d’être séduite, d’être troublée de ressentir le trouble de l’autre, de rentrer dans un jeu de séduction, le jeu du chat et de la souris, de chasser et d’être chassée…

Et qui sait…
Peut-être qu’un jour la louve Alpha se transformera en petite chienne docile…
Mais n’oubliez jamais que même la plus docile des chiennes peut mordre…

Tous droits réservés ©️ Mitsouko 2018 – Journal d’une bourgeoise délurée