Cette semaine j’ai fait l’expérience de l’interview Radio, il y a quelque temps Miguel-Ange Sarmiento m’avait demandé si je voulais être interviewé, j’ai hésité, c’est une chose d’écrire à destination d’un public, c’est différent de répondre à des questions de quelqu’un surtout lorsque l’émission sera diffusée telle qu’elle a été enregistrée.

Même si d’une certaine façon je me livre sur ce blog, je parle peu de moi et de mes expériences, j’écris surtout des chroniques.

Après une période de réflexion j’ai fini par accepter.

Au début c’était un peu compliqué, j’essayais de faire attention à mes mots, puis c’est devenu une simple conversation entre amis. Et finalement j’aurais pu rester des heures à discuter avec lui. L’heure est passé très vite, j’en suis ressortie avec un sentiment de frustration, finalement moi qui pensais ne pas avoir grand-chose à dire j’avais encore envie d’échanger sur beaucoup de choses abordées rapidement juste avant de démarrer l’émission comme le féminisme ou l’inégalité qui existe entre les hommes et les femmes dans le monde libertin et pas forcément dans le sens que l’on imagine. Mais qui sait peut-être que Miguel-Ange m’invitera une nouvelle fois pour en parler.

C’était une très chouette expérience qui me donne envie de mettre des podcast sur mon blog.

Pour écouter le podcast c’est ici

miguelange

 

Cerebralite

Mon dernier texte a provoqué bon nombre de réactions, assez diverses. J’ai senti comme un malaise chez certains lecteurs.

Je reconnais que si un homme avait écrit ou mis en place ce scénario et l’avait publié, il se serait fait clouer au pilori, et j’aurais peut-être été la première…

Mais je crois surtout que beaucoup n’ont pas compris le sens de ce récit, fantasmé ou réalisé…

C’est vrai qu’on peut avoir différentes interprétations, certains ont évoqué la notion du consentement, d’autres le pouvoir et aurait peut-être pu y déceler une forme de mépris vis-à-vis des hommes. Mais il n’en est rien bien au contraire, il suffit de lire mes autres textes pour s’en rendre compte.

Beaucoup se disent cérébraux, je ne sais pas exactement ce que ça veut dire, la seule chose que je sais c’est que j’ai un cerveau qui fonctionne à 1000%, que c’est seulement quand ce cerveau est sollicité que ça va me mettre dans un état d’excitation. Qu’il m’est arrivé de jouir sans aucun attouchement juste parce qu’un échange ou une situation était assez forte pour provoquer cette réaction.

J’évoque juste dans ce texte mon gros besoin de cérébralité.

Parfois… et je dis bien parfois, j’envie ces femmes qui peuvent se retrouver dans les bras d’un homme et prendre simplement du plaisir juste par des baisers ou des caresses.

Ce n’est pas mon cas, ça ne me suffit pas, ça peut peut-être fonctionner la première fois et la seconde je vais très vite m’ennuyer.

Mon excitation ce n’est pas mon corps qui me la fournit, ça va être une situation ou quelques très rares personnes que j’ai rencontré et qui vont alimenter “mon usine à vices” et ça pour moi c’est juste magique.

Ces situations je les provoque, je n’attends pas après les autres, beaucoup m’envoient des scénarios divers et variés, des classiques qui ne mettent pas en ébullition mes neurones et qui ne me donnent pas envie de les rencontrer.

Plutôt que d’attendre j’ai décidé de les provoquer, c’est vrai que ça peut être pris pour de la manipulation, d’une certaine façon ça en est, et parfois ça va loin, il m’est arrivé de me mettre consciemment en danger, mais c’est ce qui m’excite et c’est ce qui va faire que je vais en jouir et l’autre aussi je l’espère…

Ça peut paraitre triste pour certains d’avoir besoin de ça pour prendre du plaisir, d’autres y verront peut-être un esprit pervers ou une anormalité, mais je n’échangerai “ma cérébralité” pour rien au monde.

Je vis des moments exceptionnels.

Tous droits réservés ©️ Mitsouko 2020 – Journal d’une bourgeoise délurée

 

LeFantasmeDeLaPute

Points

Le printemps arrive et comme à chaque fois ma libido se réveille 

J’ai faim, mon corps est affamé, le hic c’est que si je me tape un “plan Q” je vais être frustrée comme d’habitude, le sexe pour le sexe m’ennuie j’ai besoin de plus, pour assouvir mon corps il faut que mon cerveau soit lui aussi nourri…

Ça fait déjà un moment que le fantasme de la pute me trotte dans la tête, c’est le moment de passer du fantasme  à la réalité.

Je me connecte sur le site pour trouver le bon candidat. Il me faut la caricature, du mec qui se présente comme un gentleman, qui te promet LA belle soirée, resto étoilé, champagne, suite, etc etc, un mec sûr de lui et assez imbu de lui-même. Avec de belles recommandations de petites minettes qui se seraient laissées attirer par tous ces clichés, une garantie qu’il ne pipeaute pas sur ses moyens comme beaucoup qui au final sont complètement fauchés.

Au bout d’une vingtaine de minutes je tombe sur un profil intéressant, en plus tout à fait le genre d’homme que j’aime ce qui ne gâche rien au scénario que je suis en train de préparer.

Ses photos sont en mode public, il a de la prestance, et même si le texte de sa fiche reflète quelqu’un de prétentieux il est plutôt sympa, original et bien écrit. 

Je fais une copie d’écran de ses photos et je lance une recherche sur Google image… 

Oh le con il utilise sa photo LinkedIn sur wyylde… 

Ce mec est juste parfait… je sens que ça va être un vrai  plaisir de jouer…

Il faut que je sois subtile, que je minaude, surtout ne pas être directive, il doit avoir l’impression que je suis subjuguée par son charisme…

Je vais jouer à la fifille, a la quiche flattée qu’un homme tel que lui s’intéresse à ma petite personne…

Je visite sa fiche plusieurs fois pour attirer son attention, à la quatrième fois je le mets dans mes favoris. 

Il me contacte, le poisson est ferré

Son message est tel que je l’imaginais, les mêmes phrases bateaux que la plupart de ses congénères… Un mélange de galanterie et de flatterie dans un français littéraire qui a pour seul but de séduire une nana, la sauter et très vite passer à une autre ….

Mais c’est le jeu on est sur un site Libertin, on est tous là pour une seule chose, baiser

On commence à  échanger, même si il m’agace c’est le candidat parfait,  il parle beaucoup de lui, moi-je… moi-je… moi-je… moi-je… etc… etc…

Il faut  que je vérifie qu’il se vexe facilement qu’il est susceptible, mais je dois faire attention à  ne pas le faire fuir, je fais de l’humour je le taquine, ça marche il se vexe, je m’excuse.

Je ne veux pas le recevoir chez moi, sur ma fiche la ville indiquée est Paris, je dois trouver une parade pour l’emmener à l’hôtel sans qu’il ait à payer 

Je lui explique que je suis en banlieue, que par sécurité comme c’est une petite ville je préfère indiquer Paris et quand j’ai plusieurs jours de réunions au siège social, ma société me loge dans un hôtel, je serai sur Paris la semaine prochaine, je lui propose de prendre un verre au bar de mon hôtel le mercredi soir. Il accepte, le RDV est pris pour 20h30 ce qui me laissera tout le temps de me préparer.

Le piège s’est refermé.

J’ai pris une chambre au Novotel de la gare de Lyon sous un autre nom, un classique pour les sociétés il n’aura pas de doute,  en plus le bar est plutôt sympa.

J’ai choisi une tenue sexy très classique, une robe noire toute simple, des sous-vêtements noirs en tulle brodé, des bas nylon et une paire d’escarpins, un maquillage léger et quelques bijoux pour parfaire mon image de bonne bourgeoise que je suis censée être, juste un collier de perles et de simples brillants aux oreilles, 

20h20… j’ai soif je boirai bien une bière… Je ne peux pas descendre au bar je ne dois pas arriver avant lui… 

20h40 il est temps de descendre le rejoindre…

Il fait chaud et j’ai toujours  envie d’une bière rafraîchissante, mais je reste dans mon rôle je commande une coupe de champagne…

On discute, comme dans les échanges écrits il ne parle que de lui, il se positionne en mâle dominant, le mâle de pouvoir, celui qui possède tout, celui qui connait plein de gens importants, des gens qui lui sont tous redevables…  etc… etc….

Il met sa main sur mon genou, nous flirtons un peu,  je fais ma timide, je joue ma mijaurée…

Heureusement que j’ai ma petite idée en tête qui m’excite sinon je sens que la nuit risque d’être ennuyeuse….

Il veut m’inviter à dîner, je lui réponds en baissant les yeux d’un air gêné que j’ai grignoté quelque chose en partant du bureau, je dois me lever tôt demain, et que à l’instant j’ai juste très envie de lui…

Il règle nos deux verres, nous montons dans la chambre…

Comme je m’y attendais

Tes préliminaires sont aussi chiants que tes échanges… 

Comme beaucoup de mecs tu as besoin d’être rassuré sur tes “capacités sexuelles à faire jouir une femme”… tu me demandes si c’est bon, si j’aime ça… les questions habituelles qui flattent l’égo masculin…

Comme beaucoup de mecs tu crois que ta queue est le saint-graal… que quelques léchouilles et deux ou trois va-et-vient me feront atteindre le septième ciel…

Comme beaucoup de mec tu te plantes…

Tu es tellement imbu de toi-même que tu te regardes baiser…

Quelques ondulations du bassin, quelques gémissements bien placés suffisent à te rassurer…

Moi je te regarde, je t’analyse… et plus je t’observe plus tu es mon candidat parfait…

Je méprise les hommes comme toi, ceux qui appâtent les nanas en étalant leur pognon…

Je sais que je vais t’humilier et ça c’est jouissif…

Enfin tu jouis… 

Tu es peut-être encore beau mec, tu as toujours de l’allure… Mais une fois à poil comme tous les vieux tu deviens moche dans ta jouissance, ton visage est déformé, tes chairs sont flasques, tes rides sont accentuées, tes yeux sont hagards

Tu es laid, ça te rend vulnérable, et j’aime ça…

Le guerrier est fatigué, il s’est endormi… il est temps pour moi de partir…

Je laisse cinq billets de vingt euros sur l’oreiller et un petit mot

“Merci pour ce moment, la chambre est payée, tu peux rester jusqu’à midi”

Comme beaucoup de mecs tu as voulu m’impressionner avec ton fric…

Le pouvoir c’est l’argent… 

Et sans que tu ne t’en rendes compte le pouvoir c’est moi qui l’ai eu cette nuit là …

Cette nuit là tu as été ma pute…

Je suis rentrée chez moi, j’ai fais couler un bain, je me suis longuement caressée

J’ai joui intensément en songeant à l’humiliation que tu allais ressentir à ton réveil…

Tous droits réservés ©️ Mitsouko 2020 – Journal d’une bourgeoise délurée

gerersescontradictions

Depuis que je navigue dans la sexosphère ma devise a toujours été

“Ne rien chercher, ne rien attendre… simplement se laisser surprendre”

Juste une façon de dire que je ne cherche pas à me caser, je ne suis pas à la recherche d’un compagnon ni du grand amour, mais si les sentiments me tombent dessus je ne m’enfuirai pas et me laisserai porter

Mes rencontres ont toujours été légères, depuis longtemps j’ai toujours été une adepte du one-shot, des rendez-vous sans aucun lendemain, j’avais rarement envie de revoir ces hommes que la nuit ait été médiocre ou formidable, parfois un ou deux rendez-vous de plus, mais ça s’arrêtait très vite, naturellement sans qu’on ait même besoin de se dire au revoir.

Les sites libertins me convenaient et répondaient parfaitement à mes besoins, je n’ai jamais pu faire de rencontre sur des sites plus conventionnels où beaucoup d’hommes attendent autre chose qu’un “plan Q“ et peuvent vite devenir “collants“ surtout lorsque tu commences à évoquer la question de la sexualité.

J’étais attachée à ma liberté et il était hors de question pour moi de rendre des comptes où de devoir demander la permission.

De toute façon si tu cherches quelqu’un pour construire une vie à deux peu de chance que tu le trouves sur un site libertin ou lors d’une soirée débridée…

Mais ça peut quand même arriver, surtout chez les plus jeunes qui n’ont jamais connu la vie de couple.

Je suis loin d’être une collectionneuse, mais je l’avoue je n’ai jamais été fidèle, j’ai trompé tous les hommes avec qui j’ai eu une longue relation et ça bien avant que je mette les pieds dans la sexosphère. Mes pulsions ont toujours pris le dessus, quand je voulais quelqu’un dans mon lit il me le fallait et peu importe si j’étais en couple, et ça ne voulait pas dire que je n’aimais pas mon compagnon.

Mais malgré mes one-shot et mes rencontres sans lendemain il m’est arrivé de me faire surprendre… et c’est parfois douloureux, j’ai dû faire un gros travail sur moi-même, je m’en suis rendu compte récemment et suite à cet échec j’ai beaucoup réfléchi et échangé sur le sujet avec de proches amis qui m’ont aidée à y voir plus clair…

Là où le bât blesse c’est quand tu as un vrai coup de cœur pour quelqu’un, étrangement tu en oublies tous tes principes “libertins“ et tu redeviens “conventionnelle“ tu voudrais qu’il n’existe que toi, qu’il ne voit que par toi, alors que dans nos univers on est tous habitués à butiner d’une fleur à l’autre et encore plus quand on est célibataire depuis longtemps, qu’on sort beaucoup et qu’on fréquente les soirées parisiennes…

Mes coups de cœurs sont rares, la plupart des hommes m’ennuient et quand j’ai un vrai coup de cœur je n’ai pas envie qu’il me file entre les pattes, je ne sais pas si je suis une vraie cérébrale, c’est un qualificatif que beaucoup utilisent, mais quand j’ai un coup de cœur, il nourrit mon imaginaire, mon cerveau s’emballe, mon usine à vices se met en marche et je commence à échafauder des scénarios plus ou moins pervers…

Mais voilà j’ai eu un coup de cœur et je n’ai pas su gérer toutes ces émotions contradictoires qui se sont parfois télescopées et ça a fini par faire un grand boum… le big bang dans ma tête…

Il m’aura fallu du temps pour m’apercevoir que je demandais à l’autre ce que je n’étais peut-être pas capable de lui donner moi-même…

Que je lui reprochais certains actes et que je ne regardais pas les miens…

Comment reprocher à l’autre de flirter avec toutes ses amies alors que moi je passe mon temps à le faire avec les miens…

Comment lui reprocher ses mains baladeuses, alors que certains peuvent me toucher…

Là où je voyais une forme d’humiliation pour moi en ayant l’impression que mon égo en prenait un sacré coup… je ne voyais pas qu’il pouvait en être de même pour lui lorsque j’embrassais un de mes amis sur la bouche devant les siens…

Comment lui reprocher de boire un verre ou diner avec ses amies, alors que moi-même je le fais tout le temps avec les miens…

Etc… etc…

Tous les reproches que je lui ai fait, il aurait pu lui aussi me les faire…

C’est exactement le “fais ce que je dis, mais pas ce que je fais”…

Il est plus difficile de vivre une relation “amoureuse” entre deux personnes qui se rencontrent dans ce contexte. Un couple qui vient découvrir ses univers possède déjà des bases. Pour deux célibataires c’est différent ils doivent trouver leur équilibre, construire la relation dans un univers où les tentations sont omniprésentes, pour ça il faut arriver à communiquer, prendre sur soi, apprendre à faire confiance en l’autre et en soi aussi. On a chacun nos habitudes, notre liberté à laquelle on tient, en tout cas on n’est pas prêt à y renoncer si vite, pas en quelques jours, quelques semaines, j’ai 30 ans de célibat et j’ai toujours eu beaucoup de mal à partager mon espace, à dormir avec quelqu’un. J’avais aussi envie qu’il me surprenne en venant à l’improviste je ne suis pas certaine que j’aurais vraiment apprécié… finalement je le voulais pour moi mais quand MOI je voulais…

Je l’ai traité d’égoïste et en écrivant cette dernière phrase je m’aperçois que moi aussi je l’ai été­­. J’ai été très hypocrite sans le vouloir.

J’ai une autre émotion à gérer lorsque j’ai un coup de cœur, je deviens possessive.

Attention ça n’est pas de la jalousie, au contraire j’aime le partage et j’adore confier mon partenaire à d’autres en qui j’ai toute confiance.

Non, ma possessivité se rapproche plus d’une forme de “matérialisme“.

Celui que j’aime devient aussi sacré que mes jouets, j’y tiens et on n’y touche pas sans ma permission…

Sauf que mon partenaire n’est pas un de mes jouets même si j’aimerai bien qu’il soit mon objet sexuel 😉

J’ai réfléchi sur ce sentiment de possession je crois qu’il est naturel chez une personne dominante, cela rentre dans le cadre d’une relation D/s si elle a lieu d’être… une relation où l’un confie son corps ses désirs sa sexualité à l’autre, l’autre devient notre propriété et je sais que si je devais avoir un jour une relation D/s avec quelqu’un il y a certaines pratiques qui me seraient réservées, des pratiques qui évoquent le marquage de territoire…

Jusqu’à présent  j’ai toujours refusé d’avoir une relation D/s justement pour préserver ma sacro-sainte liberté et pourtant je me suis comportée en “propriétaire“. Mais accepter d’être la Maîtresse d’une soumise ou d’un soumis ça implique que cette personne soit en appartenance et la chaîne possède deux bouts… dont un serait forcément rattaché à moi… Est-ce que j’ai vraiment envie de ça ? Dans ce type de relation le dominant doit décider, il doit donner du temps, beaucoup de temps pour satisfaire l’autre, il doit lui donner la priorité sur d’éventuels partenaires de jeux qu’il pourrait rencontrer en soirée.

Je ne cherche pas une relation D/s je privilégie avant tout la relation humaine, mais je sais aussi que dans un certain contexte lorsque la relation évolue c’est une demande qui pourrait arriver, un besoin que l’autre pourrait avoir. Ce n’est de toute façon pas moi qui en ferai la demande, c’est à la soumise ou au soumis de choisir son Maître ou sa Maîtresse, tout comme je ne l’attacherai pas – j’ai toujours préféré les chiens en liberté qui marchent fièrement à côté de leur maitre plutôt que ceux tenus en laisse avec une muselière –  si un jour j’ai cette demande et que j’ai un lien très fort avec cette personne je ne la refuserai pas mais on devra beaucoup échanger et poser des règles et en particulier sur  cette notion de “propriété“ et sur ma “possessivité”.

Ce jour-là nous ferons partie d’une meute, nous ne nous isolerons pas…
Mais je serai sa seule louve Alpha parmi les louves… moi seule pourrai le marquer… Il ne pourra porter que mon odeur… je serai la seule qu’il pourra boire…

Tous droits réservés ©️ Mitsouko 2020 – Journal d’une bourgeoise délurée

 

MitsoukoEtLeSeducteur

Dame Mitsouko, sur ses talons perchée,
Tenait à la main son verre de champagne.
Maître Séducteur, par les sens alléchés,
Lui tint à peu près ce langage :
Mes hommages, Belle Dame.
Je suis ravi de vous avoir rencontrée, aidez moi, dites moi comment vous séduire,
Sans mentir, j’aime les vraies femmes
qui n’ont rien à envier à toutes ces jeunettes
Et vous semblez être une femme “à MA hauteur” !

À ces mots, Dame Mitsouko se sent flattée.
La Dame n’est pas insensible à la galanterie et aux yeux de ce charmeur,
Elle apprécie cette cour des temps anciens, et redevient midinette l’espace d’un moment .

Mais le séducteur comme beaucoup est surtout grand collectionneur
Ses ami.e.s l’avaient avertie
Fais attention à toi, tu risques de souffrir…

Comme le dit la fable d’origine
“Apprenez que tout flatteur Vit aux dépens de celui qui l’écoute.”

Cette leçon vaut bien quelques larmes, sans doute.
Dame Mitsouko bien que se sentant profondément humiliée et vexée,
Avoua, que malgré tout c’est bon de s’être senti désirée et qu’elle se laisserait encore séduire, (mais elle ferait plus attention aux petits signes qui ne trompent pas 😉)

La morale de cette fable ?
J’ai eu deux très gros coups de cœur, le premier m’a fait découvrir mon corps, le second celui de l’homme. Malgré le chagrin, je préfère avoir écouté mon cœur plutôt que de risquer de passer à côté d’une belle histoire, et si je ne l’avais pas fait je n’aurais pas goûté à toutes ces belles sensations qui m’ont fait vibrer.

Toutes les rencontres sont belles et nous apportent toujours quelque chose de positif, l’essentiel c’est de savoir y mettre un terme avant que le négatif détruise les jolis souvenirs.

Tous droits réservés ©️ Mitsouko 2020 – Journal d’une bourgeoise délurée

GoutersDivinMarquis

ProduitConsommationOn vit dans un monde ou la surconsommation est devenue notre mode de fonctionnement, c’est aussi valable dans le cadre des rencontres

Typiquement sur les sites de rencontres facebook ou autre réseaux on se comporte comme sur un site marchand.

On met les profils d’éventuels partenaires dans nos favoris exactement de la même façon que des paires de chaussures dans un panier, on accumule tous ces profils, certains en ont quelques dizaines d’autres de milliers, on les voudrait toutes

Elles nous font toutes craquer et on passe de l’une à l’autre sans prendre le temps de les apprécier.

Il y a la paire de chaussures qui nous fait craquer on la veut à l’instant “T” et le jour où on l’a enfin eue, elle sera portée une seule fois et elle finira sa vie au fond du placard sans ne plus jamais ressortir de sa boite.

Il y a celle qui fait rêver, inaccessible, elle n’est pas dans nos moyens, on regarde tous les jours les jolies photos, on les like, on espère qu’un jour peut être…

Il y a celle qu’on a acheté sur un coup de tête, mais importable, elles ne va avec rien

Il y a celle que l’on adore, on la voulait on l’a eue même si on savait qu’elle nous ferait mal aux pieds, ces chaussures nous font souffrir le martyr, mais on les aime, on subit les blessures pour pouvoir les porter…

Il y a celles qu’on aime porter régulièrement, juste pour le confort qu’elles apportent…

Les paires pour des occasions spéciales… mais absolument immettables pour d’autres…

Il y a la paire de chaussures dont on a besoin juste de temps en temps, elle nous est indispensable et on ne pourrait pas s’en passer, d’une certaine façon on adore cette fameuse paire et on espère qu’elle va durer encore longtemps parce qu’on sait qu’on n’en retrouvera pas une pareille…

Il y a celle aussi avec laquelle on est sûr de briller en société, elles va flatter notre égo… tout le monde va être jaloux de cette sublime paire de chaussures arborée à nos pieds…

Il y a aussi la paire de chaussures qui fait un certain effet, mais quand on y regarde de plus près elle est juste de qualité très médiocre, dommage on a quand même beaucoup dépensé pour du simili cuir et quelques strass en plastique…

Avec ce type de comportement dans les rencontres, très égoïste et orienté seulement sur soi-même, ses envies et ses besoins on prend le risque de passer à côté de l’essentiel, de vraies rencontres sincères et enrichissantes. Passer à côté du bonheur…

Je suis la paire de chaussures qui a craqué pour le “conso-mateur”… j’aurais voulu être celle qu’il avait tout le temps envie de porter, celle dont il ne pouvait pas se passer…

Il a tout fait pour me posséder, et lorsque je suis devenu sienne, il m’a oubliée… il ne me regarde que très rarement… me sort seulement quand il a besoin de moi…

Je souffre lorsqu’il rajoute des “produits“ dans son panier et qu’il n’a même pas un regard sur moi…

Je souffre quand il choisit de porter une de ces paires de chaussures bas de gamme à ma place…

J’avais peur qu’il m’oublie au fond de son placard quand je le vois s’intéresser à une paire de chaussures de luxe, de celles qui les font tous fantasmer…

Je ne suis peut-être pas la plus belle des paires de chaussures, mais je sais que j’aurais pu être celle qui t’aurait fait faire de belles ballades… celle qui ne t’aurait pas blessé… celle qui aurait pu t’accompagner sur des chemins difficiles…

Tu n’as pas pris soin de cette paire de chaussures…
Tu n’as pas su ou pas voulu…

Cette paire de chaussures est fragile… elle a besoin d’être préservée…

Cette paire de chaussures s’est sentie très vite délaissée,  et surtout constamment humiliée…

Elle a fini par te lâcher…

Peut-être que tu la remplaceras rapidement… Peut-être la regretteras tu…

Consommes… consommes…consommes…

Un jour tu finiras pieds nus sur un sol glacé et désert sans aucune paire de chaussures pour te protéger… ça sera plus difficile pour toi d’avancer… Peut être que tu auras mal de ne plus arriver à trouver chaussure à ton pied… fais attention avec l’âge il devient de plus en plus difficile de se chausser…

Et ce jour-là j’espère que tu te souviendras de cette petite paire de chaussures toute simple que tu as si souvent négligé…

Je ne suis pas un produit de consommation, derrière mon profil il y a un être humain fait de chair et de sang, un être humain qui possède une vraie sensibilité, un être humain que l’on peut blesser, je ne suis pas juste une paire de chaussures que l’on apporte chez le cordonnier pour les faire réparer et pouvoir les porter à nouveau…

Tous droits réservés ©️ Mitsouko 2019 – Journal d’une bourgeoise délurée

LeSaleCabot

Parfois tu as envie de renouveau, envie de laisser entrer dans ta vie un animal de compagnie, tu te sens prête à partager ton espace…

Plus habituée aux petites chattes, cette fois je me suis laissée attendrir par un sale cabot

C’est vrai ils sont si nombreux à errer, cherchant une maitresse qui voudrait bien les adopter, ils usent de leurs charmes, se frottent à vos jambes, font les beaux.

Ce toutou-là j’avoue ses yeux m’ont fait craquer…

J’ai hésité… je le trouvais un peu trop charmeur… léchant la main de l’une… puis celle de l’autre…

Et j’’ai toujours préféré les coups de griffe des petites chattes aux léchouilles des chiens baveux… beaucoup plus sincères et moins hypocrites à mon sens…

Mais après tout pourquoi ne pas essayer, même si les toutous c’est pas mon truc…

Celui-là j’ai eu envie de lui ouvrir ma porte, de le laisser entrer et de lui faire une petite place.

Le voilà installé dans mon salon…

Je suis aux petits soins, je lui prodigue les caresses dont il a besoin, la gamelle est toujours remplie, il a même le droit de monter sur mon lit.

Je cherche de nouveaux jouets pour lui, j’essaie d’inventer des jeux, je prévois une petite sortie avec les copines pour qu’ils découvrent d’autres plaisirs, des plaisirs que peu auront l’occasion de goûter.

Mais le cabot est fugueur et il a tendance à aller se frotter à toutes les paires de jolies gambettes qu’il voit passer. Le cabot cherche la caresse… il suffit qu’il voie une main aux ongles vernis pour qu’il s’y précipite, le cabot aime se faire flatter la croupe et pour ça il n’hésite pas à faire le beau.

– Viens ici bon toutou, tu veux ton susucre… fais le beau, viens me faire une petite léchouille…

Le cabot est entré dans mon salon, il a pris ses aises…
Avec moi il n’a plus besoin de faire le beau… Il ne cherche plus à me séduire…
J’ai comme l’impression de ne rien recevoir en retour de mes caresses…

Peut-être qu’il pense que la place lui est acquise…
Peut-être qu’il faut lui laisser du temps…
Le temps que la confiance s’installe…

Il parait que le chien est un animal fidèle… mais certains sont fugueurs…

Alors que faire…

Le mettre en cage ? Aucun intérêt
Perdre son temps à lui courir après ? Aucun intérêt

Pour le moment tu es toujours là… tu viens te coucher sur le canapé quand tu en as envie…  quand tu es en manque de caresses…

Mais attention sale cabot, même si ton regard me fait craquer tu pourrais vite redevenir un vieux chien errant…

Tous droits réservés ©️ Mitsouko 2019 – Journal d’une bourgeoise délurée

Chroniques d’une Punkette

PoulpyDathor

« Giflez-moi. Frappez-moi. Mettez-moi à terre. Faites-moi tellement mal en tapant que je n’aurai plus la force ni de penser, ni de me rappeler, ni de sourire, ni de pleurer ou même de garder l’esprit clair. Mais s’il vous plait, anéantissez aussi tous ces mots douloureux, ces souvenirs qui m’empêchent de dormir. Détruisez toutes ces chaînes qui me retiennent. »

 

24 mai 2019

J’suis à cran. Tendue comme une puce sous cocaïne. J’ai passé une semaine professionnelle abominablement chargée et je tente laborieusement d’opérer la brisure avec les aléas qui m’ont pris le crâne encore toute la journée. J’ai saisis la première fenêtre d’occasion à ma portée pour me sauver de là. J’en pouvais plus de me sentir étouffer dans le bureau, et ma dextérité à m’éclipser m’aura au moins laissé le temps de me ravitailler en boisson chaude.

Toujours un bon point pour l’accro à la caféine que je suis.

Même les 2h de train ont toutes les peines du monde à faire partir le stress sous-jacent, la tension qui reste sans qu’on sache vraiment pourquoi, juste parce que la cocotte-minute arrive pas à libérer la soupape. Le monde entier m’irrite les sens, depuis le troupeau de voyageurs immobiles infichus de descendre dans le hall de la gare qui me donne l’impression d’être coincée sur le périph à l’heure de pointe, jusqu’au trajet en bus qui me parait d’autant plus interminable que le véhicule se retrouve bloqué pendant encore 15min supplémentaires.

  • Enfoiré de conducteur de camionnette, va te trouver une place ailleurs qu’en double file ducon.
  • T’es de bon poil toi dis donc. Arrête de jeter des regards noirs au monde entier ça les fera pas s’évaporer pour autant.

On peut pas toujours être au top. Je serre les mâchoires faute de pouvoir encore augmenter le son dans mon casque, quand j’arrive enfin à ce foutu arrêt qui me semble l’autre bout du monde. Prière rapide à n’importe quelle entité divine hypothétique.

Pourvu que sa troupe de demi-portions soit au plus calme.

C’est que je doute fortement que mes nerfs soient au mieux de leur forme pour accueillir une hurlante stridente. Je me retrouve en quelques minutes à l’interphone, grandes inspirations pour tenter une dernière fois de faire un semblant de vide.

Ça va aller. Ça fait des jours que tu l’attends cette soirée. Ça va aller, et tu vas bien finir par atterrir à un moment ou l’autre.

A minima quand il finira par te taper dessus.

Une perspective réjouissante. J’imagine qu’on a tous notre propre référentiel, en matière de ce qui est réjouissant ou pas dans la vie. Et allez savoir pourquoi, moi quand la grande roue des trucs kiffants a tourné, l’anguille s’est arrêtée sur Matraquage intensif. Ainsi va la vie de maso. Et il est hors de question de laisser la fatigue ou l’anxiété parasiter ce que j’attends avec autant de ferveur depuis des semaines. J’arrive enfin à ma première escale, nos retrouvailles autour d’une bière avec la petite famille avant de pouvoir espérer passer à un tout autre registre.

J’suis comme déphasée avec impossibilité de me remettre sur le bon créneau horaire. Pourtant ça percute un peu, quand je le vois s’installer pour enfiler ses chaussures, le cerveau commence à aligner suffisamment de neurones pour commencer à se mettre en condition de soirée. Une fois n’est pas coutume, la tenue qui dort dans mon sac n’est pas pour m’alléger le bide que j’ai en vrac. Pourtant j’ai bien dû consulter 3 copines différentes avant d’établir que cet achat serait une bonne idée. Robe longue, noire, fendue et détails de dentelle, le genre chic et classe t’vois ? Le genre qui détonne quoi, contraste d’autant plus probant que je me réfugie pour quelques minutes encore dans le confort de mon leggings similicuir et mes Doc Martens Union Jack.

Typiquement la tenue parfaite à ne pas mettre pour arriver en club libertin, soit dit en passant.

Portes devant lesquelles nous arrivons enfin. J’ai pu retrouver un degré de contact acceptable entre nous deux, et mon esprit commence à amorcer la détente quand Maryssa nous ouvre les portes de l’antre calfeutrée accompagnée du propriétaire des lieux. J’ai la boule au ventre qui s’accroche, pas tant à l’idée de la performance qui se profile qu’à celle d’enfiler cette robe soigneusement préparée dans le fond de mon sac qui me fout des bouffées de chaleur dans la tronche. Chacun sa zone de confort, aussi improbable soit-elle. Je m’engouffre dans la pièce principale en direction de la salle de bain la plus proche, salue notre binôme rapidement et percute au passage le lien entre les photos de lacérations et autres bleus de toutes les couleurs que j’ai liké à la chaine sur Fetlife et les deux individus angéliques qui se trouvent devant moi.

Le BDSM regorge définitivement de profils surprenants.

J’m’attarde pas. Plus rapidement je serais changée plus rapidement l’étau qui se resserre autour de ma poitrine sera levé. Je me plante sous une douche brûlante qui me décape de fond en comble comme on décape au Karcher des recoins trop encrassés, l’air se charge de volutes humides qui m’enveloppent d’une chaleur omniprésente et entame de me faire décrocher des neurones bien trop en effervescence. La buée sur les vitres est apparue en un temps record, et je me bats contre le taux d’humidité ambiant pour peaufiner les derniers détails de mon make-up avant de me faufiler dans l’enveloppe de tissu tant redoutée.

Quand même, c’est pas dégueu comme rendu final.

Faut bien prendre le réconfort où il se trouve. Là où d’habitude à poil je transpire d’assurance et cultive le je-m’en-foutisme forcené il suffit que je me colle une robe sur le dos et une paire d’escarpins pour que j’ai l’impression d’être une fillette apprenant à marcher, incertaine à chacun de ses pas. Tous les sacs sont bouclés et ordonnés, il est temps de faire mon come-back auprès de l’assemblée encore réduite du grand salon alors que tout mon corps me hurle de faire demi-tour et d’aller me terrer dans un trou de souris. Pourtant sa réaction est à la hauteur de mes espérances, au-delà même de tout ce que j’aurais pu demander. Ça m’aide à décrisper la tension dans mes épaules, les mouvements de mon corps reprennent peu à peu leur fluidité, quand bien même l’épisode de chamboulement vestimentaire ait eu pour effet immédiat de faire ressurgir mes vieux travers de mutisme. Faute de phrases grandiloquentes je me rabats sur une bière fraiche – oui un club qui sert de la BIERE – et je l’écoute faire la conversation avec celle qui est devenue mon coup de cœur artistique de ces dernières semaines. Ça cause et ça cause, les clients commencent à affluer et le buffet à être servi, ce qui me rappelle à mon estomac qui a enfin décidé de se réveiller.

Dans le genre truc naze, tomber d’une crise d’hypoglycémie en pleine séance ça doit bien se placer dans le top 5.

Je grignote par ci par là alors qu’une toute autre forme de stress commence à poindre le bout de son nez. Une sorte de trac s’entremêle à l’inconnu et à l’attente interminable de ce qui va bien pouvoir me tomber dessus.

  • J’ai pas eu le texte avant en plus.

Pardon ? Il se fout de ma gueule là ? Il a rien reçu de sa boite mail ? Genre rien du tout ? Force est de constater que non lorsque je le vois ouvrir sa messagerie devant mes yeux et défiler l’intégralité des messages non-lus, le mien noyé dans une foule d’autres non notifiés. L’heure tourne et il y a de plus en plus de monde. Plus les minutes passent, plus je sens les gouttes d’anxiété qui martèlent dans ma poitrine et envahissent progressivement l’espace disponible. Heureusement arrive dans mon champ de vision une source de consolation infaillible et de réconfort inaltérable, sous forme de plateau de tasse du breuvage sombre fétiche que je m’enfile cul sec sans même réfléchir. Et sans même Lui demander.

Ce qu’il ne manque pas de remarquer.

Comme quoi on a tous notre sens des priorités. Qu’il puisse m’interdire d’aller pisser passe encore. Mais interdire le café, là on touche à la punition ultime. Je pousse le vice jusqu’à Lui gratter la tasse qui Lui revenait de droit – elles sont TOUTES PETITES ces tasses – et j’dois dire que la chaleur amère qui coulent dans mon gosier a son effet bénéfique bien à lui, tout en ayant le mérite de m’occuper encore quelques brèves minutes que me dure mon shoot de caféine. Minutes éphémères et volatiles des dernières minutes avant l’instant fatidique.

  • Va enlever ta robe.

Ça va commencer. C’est pour bientôt maintenant. Je pars en excursion rapide vers la salle de bain pour m’extirper de mon carcan vestimentaire et en revenir à des standards de tenue bien plus dans mon registre, sur base de harnais de cuir et de nudité ostentatoire. Retour au pas de course dans la pièce principale, où va se dérouler cette scène tant attendue dont nous serons les protagonistes. Il manque cependant une finition à l’ensemble de l’habillage, les menottes molletonnées qu’il prend soin de me passer doucement – mais fermement – comme le début d’une incantation sacrée, cette formule qu’on invoque à la manière d’un  rituel bienfaiteur rassurant. Je me retrouve à ses pieds en deux temps trois mouvements sous une simple influence de sa voix qui m’indique la direction à prendre, me cale entre ses jambes tels les barreaux d’une cage protection en acier trempé. A genoux, dos droit, cuisses justement écartées pour permettre un équilibre harmonieux, la tête enfouie dans les replis de son pantalon.

Vous savez pourquoi on vous fait toujours prendre des positions à la con franchement inconfortables quand vous êtes soumise ?

Certains y voient une façon de garder la marchandise accessible et à portée de main, d’autres cherchent à assoir une forme de mainmise jusque dans la cambrure et la contrainte posturale. D’autres encore y voient une sorte de protocole un peu vieillot et dépassé de celui qui se prend trop au sérieux et se cache derrière un simili de bonne éducation, faute de maîtriser son fouet jusqu’au bout des brins. Moi j’suis de celles qui ont l’intime conviction que ce sont en partie ces positions qui déclenchent la magie, qui provoquent le début de la transe et marquent les premiers pas de la danse.

Je hais la médiocrité.

Amorce de l’extorsion des remous internes. Quand tu te concentres sur les palpitations qui prennent dans tes jambes, que tu t’efforces de contrôler la moindre des particules de tes fibres musculaires pour te conformer au mieux à une forme de perfection incarnée. Alors le monde n’existe plus, car le monde ne se réduit qu’à un seul et unique regard. Le regard aussi impartial et sévère que sécurisant et réconfortant. Celui qui communique sans même les mots, ce regard qui t’insuffles de l’oxygène loin dans le corps et qui parle directement à tous tes atomes sans une seule parole. Celui grâce auquel on sait, au fond, que tout va bien se passer. Parce que c’est l’évidence même. Parce qu’il ne peut en être autrement lorsqu’il est auprès de moi, lorsque sa présence se fait omniscience.

Pas à une seule seconde ça ne me traverse, l’éventualité de faire marche arrière, pas une once de sentiment de renonciation. On pourrait faire des raccourcis un peu rapides, penser que c’est parce qu’il est là que je suis prête à foncer tête baissée, mais j’suis pas sûre que ça puisse se résumer simplement à ça. J’me suis tapée une semaine entière à me retourner le cerveau à longueur de journée à force d’un taff bien trop énergivore, j’ai accumulé des centaines de kilomètres et des heures de trajet au compteur, chargée de deux putains de sac remplis à ras-bord, sans que ça ait réussi à entailler ne serait-ce qu’un peu mon besoin de me planter sur cette croix et de me montrer. Moi. Ou tout du moins toute cette facette de moi. Celle de l’ombre. Celle qui transparait à demi-mot pour qui sait lire entre les lignes. Moi telle que rarement je me suis autorisée à le faire. D’enfin montrer à quoi ça rime Nous, quand on se retrouve sur le même champ de bataille. Et que ça m’a paru naturel d’accepter de me prêter au jeu de la démonstration quand Maryssa me l’a demandé, comme couler de source. Que rien ne pouvait mieux s’accorder sur l’expression de ce qui est inexprimable que ses mots à elle, sur mes ondulations à moi, sous le joug de sa main à Lui.

Parce que tu vois y a un truc qu’on partage, toutes les deux. Ce p’tit truc de ceux qui se vomissent dans les mots. De ceux qui frissonnent et vibrent à mesure qu’ils vont remuer la merde, et qui rendent les déjections de l’âme poétiques.

L’épaisse musique ambiante a cessé. Son visage se trouve au niveau de mon oreille et me souffle de me rendre jusqu’à la croix à quatre pattes, le palpitant qui manque quelques battements lorsque j’entre en scène. Ça pourrait facilement sembler rabaissant, voire carrément ridicule, de se déplacer ainsi au milieu des sièges et des personnes grignotant leurs assiettes. Mais j’aime à penser que les ordres sont l’incarnation ce que l’on en fait, et s’il est un exercice auquel j’aime m’adonner c’est bien renouer avec mon animalité primitive. La bête est là. Tapie. Toujours là à proximité de la surface. Mes genoux s’échauffent à mesure de leur glissement sur le sol. J’arrive rapidement à la croix et me redresse en sentant son corps près du mien à travers les ondes charnelles qui palpitent. Présentation de l’extrait littéraire et premières notes musicales. Grésillement du micro et la voix de Maryssa qui occupe toute l’atmosphère.

La danse va commencer.

« J’entends les bruits, j’écoute les bruits ; les bruits du train, les bruits de vie. »

Puis je n’entends plus. Plus vraiment en tout cas. Toute cette scène n’est plus alors qu’un chaos harmonieux, l’expression même de ce qui est l’évidence contre laquelle on ne peut pas lutter, quand bien même on mettrait toutes ses forces dans l’affrontement. Ses mains échauffent mes chairs. L’impact de ses paumes s’incruste dans mon postérieur. Ça fait un tel boucan que les mots qui résonnent dans l’air passent au second plan. Pourtant ils sont toujours là. Telle la ligne de basse en sourdine qui se marie avec le riff de guitare pour lui donner toute sa puissance.

« Alex me bande les yeux avec un foulard noir. Il me dit de lui faire confiance. » 

Confiance. Un bien grand mot de la langue française. Un tout petit amoncellement de lettres si lourd de sens. En voilà une chose qu’on ne peut pas ordonner. La confiance elle se guette, elle se charme. Elle se sent et se perçoit, elle s’apprivoise et se met à l’épreuve. Ça j’en ai fait ma spécialité, l’attaque permanente à la confiance. Il en a bouffé plus que de raison, de l’uppercut direct dans le creux du foie et des retours de griffes plein la face. Les ruades défiantes de celle qui veut pas se laisser approcher, mais qui demande qu’à ce qu’on lui tende la main. Elle vous tombe dessus sans que vous ayez rien demandé, sans crier gare et sans que vous vouliez y croire, mais en espérant de tout votre cœur avoir raison d’y accorder autant d’importance.

« Alex prend l’appareil qui envoie de l’électricité et le pose sur mon intimité. »

Y a un mot qui résonne dans le passage tant redouté. Celui que j’ai eu tout le loisir de lire en amont en me disant que ça pouvait Lui filer des idées outrageusement tordues. Finalement j’me dis que ça a du bon, que sa boite mail ait bugée. J’ai moins de chance de me retrouver avec des électrodes à 3000 V dans la chatte.

C’est ça oui, c’est beau d’y croire.

Je suis pas assez naïve pour penser qu’il va pas faire usage de son tout nouveau joujou à un moment ou l’autre. Mais de là à envisager sereinement de se prendre une décharge sur le con on peut dire qu’il y a un monde.

« J’aime cette douleur, ce mal qui donne la jouissance, cet orgasme libérateur. »

Ou le paradoxe de toute masochiste avertie. Souvent on me demande. En quoi ça consiste, comment je peux aller aussi loin, si ça m’excite de me faire fracasser. Si ça me donne envie de baiser. Y a ce truc réducteur du commun des mortels qui pense qu’à travers sa bite ou son clito. Savoir appréhender la douleur c’est quelque chose d’autre. Savoir la maitriser et avoir la mainmise dessus c’est pouvoir se jouer de son propre corps. C’est embrumer son esprit et lui faire un tour de passe-passe. C’est se donner l’autorisation de sortir de soi-même et sentir quelque chose d’autre prendre le contrôle. Quelque chose qui ne s’explique pas. Ce quelque chose qui est exacerbé lorsqu’il est face à moi, lorsque je le sens qui cherche les limites et les bordures du tolérable, le flanc de la falaise à mesure que je me mords la lèvre pour pas Lui sortir des injures à tout bout de champ. Le stade précis où j’étouffe des Va chier enfoiré je bougerai pas d’un pouce.

« J’entends le bruit des lanières de cuir qui scindent l’air. Je frissonne… j’attendais, j’attendais ce moment avec impatience. »

Putain oui. C’que j’ai attendu. Des semaines j’ai attendu. Des semaines j’ai voulu attendre. Pour voir ce que ça donnait, quand on attend vraiment. Et bordel ce que c’est long. Ça vous rend dingue, ce manque qui tire sur toute la peau. Ça vous craquelle l’épiderme et vous fait suinter les sucs de l’esprit par tous les pores. J’aurais pu, après tout, demander à qui le veut de me mettre une bonne branlée de transition histoire de patienter. Mais ça aurait fait qu’alimenter le vide. Comme boire de l’eau salée en plein océan alors que vous êtes en train de mourir de soif, le truc qui parait un éclair de génie mais qui mène à rien. Ou en tout cas pas là où vous vouliez aller. Pas à la destination auquel vous avez pris gout et qui vous gratte de partout.

« Alex donne des coups de plus en plus forts, sur mon dos, mes reins. Des coups de lanière comme on donne des coups de poing. »

Ses coups à Lui aussi se font plus forts. La musique a ce quelque chose de justement entrainant, cette nuance de mélodies qui font résonner les mots et percuter comme s’il s’agissait d’impacts à part entière. Eux prennent dans la poitrine, dans l’air qu’on inspire à chaque choc qui se fait sentir. Le bois, le cuir, le câble plastique. Chocs lourds, chocs mordants, chocs cinglants. Choc électrique.

J’en. Étais. Sûre.

Ça c’est ce que je me dis après. Genre quand je suis de nouveau en train de siroter ma binouze tranquille au ras du sol. Sur le moment c’est pas vraiment la même chanson, là attachée sur la croix alors qu’il se trouve dans mon angle mort. C’est l’effet immédiat sur le champ. Cerveau en OFF, instinct de fuite incontrôlable et corps qui se dérobe, les réactions qu’il apprend à expérimenter à force d’utilisation – modérée – du tout nouvel instrument de torture. Plus de position qui tienne. Plus de stature raffinée ou de délicieuse cambrure qui entre en ligne de compte. L’enjeu est trop important. L’enjeu de la faille. L’entaille rendant accessible ce qu’on s’évertue à enterrer sous mille couches d’artifices extravagants, celle qui donne libre accès à ce qui se cache derrière les remparts bien rodés et les obstacles psychiques soigneusement agencés.

« Il me dit « Ça vient… Enfin… ne retiens rien, offre-moi ta libération.
Ne garde rien. Laisse couler ».

Je laisse couler les larmes comme je laisse couler mon intimité. »

C’est l’exercice le plus difficile je crois. Celui de laisser les larmes couler. D’abord il y a les larmes froides, les larmes fortes. Les larmes glorieuses et puissantes de celle qui se donne mais qui ne rend pas les armes. Celles qui ont ce gout particulier d’élégance teintée de fierté, qui habille le visage et le sublime dans toute sa singularité. Celles qui coulent la tête haute et le regard droit parce qu’elles raisonnent comme un défi au monde entier. Ces larmes-là elles ont une odeur de feinte et une saveur de féminité sauvage. Celles-ci sont les premières à venir, celles qu’on peut se permettre de montrer au grand jour. Ce sont les douces larmes acides qui prennent le temps de creuser la joue avant de sombrer dans le creux de la mâchoire palpitante et grinçante.

« À la septième claque, je reste au sol, j’éclate en sanglots, de vrais sanglots, des sanglots bruyants, des sanglots de soulagement. Tout sort. »

Puis il y a les autres. Celles qui tombent le masque. Les relents de larmes qui vous prennent dans les méandres inexplorés de l’âme. Celles qui vous font exploser et qui vous tordent tout le corps. Celles qui vous donnent envie de vous fracasser le crâne pour faire cesser la douleur et vous ordonne de vous échapper de vous-même, même s’il faut s’arracher la peau pour ça. Celles qui sentent la gerbe et vous refilent la nausée comme si elles s’incrustaient directement dans la chair. Celles-là ont une sale odeur, une odeur putride qui vient du fond des viscères. Ces larmes elles font peur, elles prennent la gorge et vous chamboulent, parce qu’elles font pas semblant. J’aime pas les voir arriver celles-là, elles me terrifient et me hantent, et pourtant je passe mon existence à leur courir après.

« Ça fait du bien, n’est-ce pas ? »

Les larmes qui font du bien à mesure qu’elles font mal. C’est pas juste après les coups que je coure. Croire ça c’est croire au superficiel de la nature humaine. Non les coups ne sont rien, les coups et la douleur physique sont fades, par rapport à ça. Il pleut toujours des mots, il coule toujours des rivières de notes de musiques entêtantes. L’éclair qui a grillé mon postérieur a mené son œuvre et ouvert les premières digues psychiques. Le monde m’importe peu, le monde se résume à Lui et au claquement du fouet qui a commencé à sévir. Les joues sont devenues humides de ces premières larmes magnifiques et délicates qui signent les prémices de la rémission. Les larmes que je laisse couler parce qu’elles ne sont pas dangereuses, celles qui évacuent sans dévoiler. Elles annoncent juste l’armistice. Le drapeau blanc brandi par le fauve qui finalement a laissé la cage s’entrouvrir pour accueillir la main salvatrice.

« Je suis de celles qui ont besoin de ressentir par le corps la douleur pour libérer les maux de leur subconscient. »

C’est au-delà de se sentir vivant. C’est se sentir exister tout en quittant le poids de son propre corps. C’est prendre forme et consistance à mesure de son regard qui se fait plus présent, pour ne devenir plus que le seul point d’accroche. Tu vois un peu comme s’il y avait une danse entre Lui et moi. Un dancefloor semblable à aucun autre et cette forme de tango bien à Nous. Ce mouvement de la langue du fouet qui vient s’imprimer en moi, la morsure qui laisse un goût acidulé sur la peau, le piquant de la chair qui se met à vif et qui en redemande. La peau se retourne, les lacérations se font plus profondes dans un corps qui n’est plus vraiment le mien. La douleur raisonne dans toutes les terminaisons nerveuses, remonte le long de la colonne pour retourner la tête. La douleur et les larmes, mes armes pour contrer la souffrance. Les cinglements qui viennent remuer toute la crasse intérieure pour les décoller à grand renfort de cuir.

« La peau transforme »

Je me transforme.

« Les formes qui cicatrisent »

Sous sa main, la bête se terre. L’âme se panse.

« La morsure du serpent »

Son corps près du mien. Epiderme en feu de joie.

« La cicatrisation sera un peu plus longue que prévu… »

Retour à la réalité sous l’effet des remerciements et des applaudissements. Ça me prend la tête comme un lendemain de cuite, et je me réfugie dans ses bras faute d’arriver à quoi que ce soit d’autre. Peu à peu les sensations reviennent, entières et complètes, y compris ce picotement caractéristique des balafres qui ont ébréchés les premières couches de l’enveloppe corporelle accompagnées du suintement âcre des perles de sang. Ça parait surréaliste, même pour moi, de m’être évadée si loin en si peu de temps.

Parce qu’elle existe toujours cette appréhension, celle de savoir si je vais échouer à me sortir de moi pour n’être plus que Nous.

Ça serait la solution facile, de se cacher derrière le masque de la performeuse. Celle qui derrière les florilèges admiratifs et les compliments élogieux se bouffe du mépris à répétition, à peine dissimulé et teinté d’arrogante condescendance, des Maîtres en veux-tu en voilà qui jugent sans connaître sur simple interprétation de photos partagées. Ça serait la réponse fast-food, qui vous gave à ras-bord de ce que vous croyez avoir envie de voir, d’être simplement celle qui accepte tout, en toutes circonstances. La réponse qui a un goût d’insipide. Et parfois ça me prend. L’envie de leur renvoyer ça dans les dents, à eux et à tout l’univers, que ça se sache qu’à travers moi aussi, on peut lire l’authenticité de la sensibilité exacerbée et de la vulnérabilité assumée. Que derrière l’animal sauvage qui rue, il y a l’oisillon dans le nid qui se terre dans l’ombre de la face cachée de la Lune. Elle a le goût délicieux de la revanche, cette lecture agrémentée à notre sauce kink. Chaque compliment sur notre alchimie, notre complicité et notre compréhension l’un de l’autre ruissèle en moi pour me combler dans les brèches les plus reculées et les failles les plus coupantes, pour calmer l’animal apeuré à l’idée même de se sentir si faible de vulnérabilité devant tant de personnes.

J’m’installe le cul par terre entre ses pattes, me remets en phase tout doucement à ses pieds en me rafraichissant le gosier à grand renfort de mousseuse pour m’aider à relancer la machine, position bien moins plantureuse que celle adoptée avant notre exhibition, mais qui a le mérite de m’assurer un certain confort en attendant la suite des événements. La seconde présentation se profile, je frétille de voir en action le duo virtuellement captivant qui a retenu tant de fois mon attention. J’ai toujours eu un faible pour la sincérité des émotions, et les séances SM aseptisées ne m’intéressent pas, quelle que soit la bonnasse croisée avion de chasse qui se tienne sur la croix. Sentir l’abandon, la perte des moyens, se délecter silencieusement d’un écrin de bulle intime, sorte de voyeurisme de l’expression corporelle des sentiments inexplicables, c’est une beauté qui surpasse les plastiques lisses et autres mensurations sorties des magazines. Je trépigne bien calée sur mon fessier jusqu’à ce que ça commence et que je me nourrisse à mon tour du spectacle de la soirée. Je guette tous les détails, me laisse transporter au grès des gémissements et des lamentations qui vont crescendo. Ça me fascine, de la voir réussir ainsi à imploser devant tant de monde. Exposer toutes ses émotions, les laisser s’évader à l’air libre là où moi je m’évertue obstinément à les confiner dans l’intimité d’une chambre ou des alcôves qui ont parsemé notre parcours par excès de pudeur. Y a une forme d’envie dans tout ça, dans la contemplation de cette faculté à faire fi du regard du public pour laisser toute la place au déchainement. Ça pourrait paraitre violent, d’une brutalité qui fait mal à l’empathie, de la voir trembler de tous ses membres à chaque claquement de fouet, la contempler se tordre par terre dans les derniers instants sans pouvoir prononcer un seul mot. Moi je n’y vois plus que la magnificence de la fusion, de ces bras qui l’entourent après l’avoir tant meurtri. J’me sens mal-à-l’aise d’être spectatrice de tout ça, mais ça n’a rien à voir avec l’intensité des coups portés. Y a plus de tendresse dans cette scène de spasmes frénétiques que dans n’importe quelle mise en situation qu’il m’ait été donné de voir jusqu’alors. Et j’crois que c’est ce qui me fout des frissons malaisans dans tout le corps, cette sensation d’être l’observatrice voyeuriste des profondeurs de l’intime.

Pourtant c’est beau. Puissamment beau. La beauté dans le plus simple appareil. Au moins reste-t-il ça. La possibilité de se complaire dans la beauté de l’instant. J’me demande d’ailleurs si c’est aussi beau que ça, quand je me tords et que je disjoncte entre ses mains. Dans tout le panel de ma galerie d’art enrichie au fil des mois il me manque toujours ça au compteur. L’essence même de l’émotion la plus brute dont je suis capable. Personne n’a encore réussi à le capturer celui-là. Le basculement. L’instant précis de la libération des chaines, la fenêtre d’envol de l’oiseau qui s’échappe de sa cage.

Faut toujours se laisser des challenges. Manquerait plus qu’on s’emmerde.

Le show est fini désormais, et l’animation  se propage à l’ensemble de l’assemblée. J’ai la vessie qui me démange – encore – et loin de moi l’idée de réitérer l’affront de l’épisode caféiné, je formule mon habituel Il faudrait que j’aille aux toilettes habillé du regard papillonnant adéquat. Il me renvoie d’un geste équivoque vers ses chaussures, sans plus d’autre précision qu’un sous-entendu rentré dans mes mœurs aussi naturellement que s’il s’agissait d’un S’il-vous-plait, et m’abaisse à Lui baiser les pieds en prenant soin de garder les fesses les plus harmonieusement érigées en l’air. Ce qui devait n’être qu’une formalité de politesse se transforme en vénération fétichiste à durée indéterminée. J’ai jamais pu compter à mon actif une grande fascination ni pour les pieds ni pour les chaussures, à l’exception notoire des New Rock peut-être, mais j’arrive plus à décoller de ma position façon chienne tête-en-bas. J’suis trop bien comme ça. La tête dans ses pompes et le cul à sa libre disposition. J’me sens à ma place, libérée de tout carcan ou tout faux semblant, et c’est finalement Lui qui vient me secouer à l’étage inférieur pour me rappeler à ma requête première. Et sûrement vérifier au passage que je ne tombe pas encore tout à fait de sommeil.

Pour ça, j’en ai encore sous la pédale. T’inquiètes que tu m’auras pas si facilement.

Puis ça recommence. La croix s’est libérée, occasion en or sur laquelle il saute du tac au tac. Bras en étoile et le bois massif contre ma colonne.

J’adore les séances en face à face. Combien même j’en chie ma race.

Cette fois il n’y a que Nous. Dès le départ il n’y a que Nous. Plus de public les yeux rivés sur chacun de nos mouvements, plus de tension muette palpable de ceux qui retiennent leur souffle sans s’en rendre compte. Et nous pouvons bien nous trouver au beau milieu d’une salle bondée, la seule chose qui m’importe c’est de fixer les yeux prédateurs qui me jaugent sans ciller. Jusqu’à ce que ça tombe de plein fouet. J’ai le libre visuel sur tout l’attirail qu’il a à portée de main, ce qui commence à faire une belle collection d’emmerdes potentielles. Impacts sans ménagements et entrelacs de percussions. Je grommèle des Saloperies et ravale des Putain de sa mère quand il vise l’intérieur des cuisses, oriente mon postérieur avec une subtilité contestable mais auquel il concède pour me laisser quelques bouffées de répits avant de reprendre de plus belle. Ça secoue dans les profondeurs, comme si toute l’onde de choc se répercutait de tissus en muscles puis dans le souffle pour venir renverser directement les émotions. Je sais ce qu’il veut. Ça se lit de façon limpide dans chacun de ses gestes, ce qu’il va chercher en agissant de la sorte.

Tant mieux. On est pas là pour une balade de croisière. T’as pas signé pour ça de toute façon.

Tu serais un peu déçu hein, s’il te prenait avec des pincettes.

Les pinces je les préfère sur la langue que sur les sentiments. Ce qu’il fait d’ailleurs. La pince à linge pendouille grotesquement de ma bouche en faisant dégouliner des filets de bave à n’en plus finir. Mais j’arrive pas encore à capituler. La guerrière cambre, offre sa poitrine ouverte et tend les fesses, ondule encore, transporte son corps plus en avant de Lui, enchaine provoc sur provoc. J’le transperce du regard, comme si je voulais Lui perforer la peau par la simple action de mes iris. Des fois il me touche, joue de ses doigts entre mes jambes pour provoquer des décharges de vulnérabilité, shoots de jouissance avant qu’il ne revienne à la charge. Fil décousu des événements et flashs épisodiques érotiques.

Il m’accorde peu de temps-morts, va me chercher loin dans ma volonté, à mi-chemin entre affrontement ouvert et servitude bien rangée. Ça prend dans les tripes. Mon corps commence à s’accorder des tentatives d’évasion furtives, plus encore quand il s’attarde sur mes seins, heurts cinglants et élancements vifs qui vrillent la tête.

J’crois qu’les seins c’est mon point faible. Proportionnellement au reste cela va sans dire.

Il a déjà foutu un bordel sans nom dans mon chaos intérieur bien ordonné quand l’aiguillon électrique passe dans mon champ de vision. Et que tout fout l’camp. J’entends au loin quelqu’un qui plaisante avec Lui, qui sort un truc du style Un p’tit coup juste pour moi alors que mes poumons voudraient hurler que j’en ai strictement rien à battre de ce qu’il veut ou pas c’trou d’balle. Mais j’suis en incapacité d’hurler quoi que ce soit. De dire quoi que soit. Même de murmurer ou d’implorer. Mon corps entier lutte pour s’éloigner de l’instrument, ce qui de l’extérieur doit donner une situation assez burlesque, la nana accrochée par les mains essayant de cacher tout son corps derrière une croix qui bouge pas d’un pouce.

Vu de l’intérieur c’est nettement moins drôle. Encore un peu et tu l’escaladais cette croix, partie comme t’étais.

Et le souffle. Il s’emballe et s’amplifie, comme un cheval qui embarque au triple galop sans pouvoir s’arrêter. Mon souffle prend toute la place dans mon crâne, raisonne et provoque la tempête.

Tu le sens ? Le vent de panique qui circule dans tes poumons ? Et les larmes explosives qui commencent à poindre ?

Elles sont là. Toutes proches, presqu’en surface. Y en a même qui commencent à déborder sur les joues. Ce moment où on touche ses limites du bout des doigts, où on se sent à la frontière de soi-même.

Faut que j’arrive à l’associer à autre chose qu’à la panique de voir les barrages céder et les torrents couler. Sinon ça reviendra toujours aussi sec, l’angoisse qui submerge.

Il a posé l’outil agricole, ses mains en coupe sous ma mâchoire pour supporter mon visage, et avec lui le poids des larmes. Ça souffle toujours, trop fort, trop bruyamment. Ça souffle jusqu’à ce que sa voix prenne la place, tout l’espace envahit par ma respiration haletante qui est reconquit par le timbre de sa voix tout près de moi. Je sais même pas ce qu’il raconte. Je sais juste que je me raccroche à ça tel le fil d’Ariane comme unique alternative pour sortir du labyrinthe. Qu’enfin je reprends contenance à mesure des spasmes pulmonaires qui se calment.

  • Ça va ?

Hochement de tête et tension dorsale du tonus qui se remet dans tout le corps. Ça va aller. Il prend le temps de me jauger, évaluation scrupuleuse de sa marge de manœuvre, et doit estimer que j’en ai effectivement encore sous le capot. Il s’éloigne quelques instants, s’arme de mousquetons supplémentaires et s’attèle à fixer mes jambes restées jusqu’alors libres de leurs mouvements.

Merde. Ça va être moins facile, d’un coup, pour orienter les tirs.

Et ça reprend. Claques, torgnoles et autres séries de coups. Ça attaque et ça ébranle, façon tremblement de terre. C’est vraiment étrange les sensations qui te transporte quand t’en arrives à ce point d’abandon entre les mains d’une personne. Les fracas du paddle de bois massif m’arrachent des grondements rauques du creux de la gorge, puis la seconde d’après j’voudrais éclater de rire moitié pour le provoquer, moitié parce que j’me rends compte à quel point j’suis dans la fange jusqu’au cou. Puis la seconde encore après j’voudrais éclater en sanglots. J’voudrais arrêter de lutter, arrêter de me tenir droite, me recroqueviller comme un oisillon dans son nid. Arrêter d’être forte l’espace de quelques pulsions de temps. Mais ça ne dure qu’un temps. Secondes de temps sporadiques avant que les grognements et les insultes ne s’étouffent à nouveau dans ma poitrine et que le fauve ne croque la petite chose frêle et vulnérable pour retourner dans la danse. Et ainsi de suite. Cycle du serpent qui se mord la queue. Avec Lui ça n’a rien d’un simple jeu ou d’un défi qu’on se lance entre potos pour s’accorder une bonne tranche de rigolade sur base de pan-pan cul-cul. Avec Lui ça tape dans le creux des reins aussi souvent que ça martèle dans le fond des boyaux.

En même temps c’est ça que tu recherches éperdument non ? Quand il te fait valser dans tes émotions et tes certitudes ? Même la peur, même la panique, tu la recherches.

Se sent-on jamais autant vivant que lorsque toute la respiration envahit le crâne à s’en faire tourner la tête ?

Y a de ça. J’aime pas quand il me ménage. Ça me met les nerfs en pelote de laine de verre. Mais c’est perturbant, de devoir aussi remettre en question sa zone de confort habituelle. De s’obliger à se tenir droite malgré les abdos qui se contractent pour me plier en deux. Revenir en position coute que coute, pour se sentir fière. Se sentir unique. Se sentir sienne et que ça raisonne dans toute la pièce sur lit de mes hurlements avortés. Les larmes coulent. Encore ces larmes froides qui permettent d’extirper un peu du trop-plein. Les larmes dansent au rythme des coups de fouets qui creusent mes flancs et des déhanchements symbiotiques de la transe exutoire. J’veux pas les sentir couler, parce que je veux pas qu’il envisage de s’arrêter. Ça me révulse encore de trop, l’idée de stopper ça.

Putain elle fracasse sa cravache de mes deux.

J’l’ai dit ça ou pas ? Je sais plus exactement, mais j’ai dû le penser très fort. L’intérieur des cuisses ça me rend pas aimable. Sauf quand il s’agit d’étrille. J’ai beau m’être fait martelée sous tous les angles, l’apparition de la brosse métallique fait naitre instantanément un sourire quasi carnassier sur mon visage, rictus qui s’agrandit encore à chaque goutte de sang qui se forme sur ma peau telle une constellation écarlate. La décharge d’adrénaline qui se produit dans mes veines m’aide un peu à oublier l’inconfort qui s’additionne lentement à la fatigue. Le cuir du harnais irrite ma peau devenue poisseuse des bouffées de chaleur qui me prennent de partout et des écoulements sanguinolents.

Ça t’apprendra à rester trop habillée. A poil y a que ça de vrai, les autres soum l’ont bien compris elles.

Je finis par avoir plus mal aux pieds que partout ailleurs dans mon corps. L’esprit humain c’est vraiment un truc chelou. J’suis en train de me faire retourner la peau à grand renfort de tous ce qui Lui passe sous la main, et moi je pense plus qu’à mes escarpins qui me compressent les orteils. Enfin presque plus qu’à ça. Parce que finalement même ça j’arrête d’y penser quand il revient au plus proche de moi encore une fois.

Doit y avoir un truc avec les baffes dans la gueule. Le genre hyper psyché tu vois. Ça doit s’entrechoquer de trop dans le cerveau pour arriver à faire le vide. Parce que ça revient souvent, les masos au cuir épais tanné qui s’effondre au bout de quelques tartes bien amenées. Droite, gauche, droite, gauche. Peut-être plus, peut-être moins. J’ai pas compté, c’est pas le premier truc qui me soit venu à l’esprit. Second souffle de la tempête dans la boite crânienne et émergence des larmes du bout du monde. Les torrents larmoyants des abysses assombrissent le regard et brouillent tous les sens, ils se mêlent aux morceaux de cœur qui partent en lambeaux, tels un tendre effiloché de viande trop cuite. Combien le corps peut-il endurer de sévices au juste ? Beaucoup j’imagine. Bien plus qu’on pourrait le soupçonner, au premier abord.

Tu tiens debout pourtant, non ?

Une séance n’est finie que lorsque les jambes ne sont plus en capacité de soutenir le poids du corps. Ou le poids des maux. Souvent c’est lui qui gagne d’ailleurs, le poids mort de tout ce qu’on a caché bien au loin dans l’inconscient, la masse qui s’abat et coupe les mollets. La pesanteur qui sort du cœur en vous faisant éclater les côtes et ravage tout sur son passage.

Je tiens debout. Ou presque. A peu de chose près.

  • Il serait peut-être temps de se calmer non ? Ou tu veux encore jouer les Wonderwoman croisée valkyrie ?
  • J’tiens debout non ?
  • Tu joues sur les nuances là. Faut dire qu’avoir les mains attachées en l’air ça aide à pas se casser la gueule.
  • Tu chipotes pour des détails.
  • T’es vraiment putain d’incapable de reconnaitre tes limites.

Je sais. Mais Lui il sait les voir pour moi. C’est pour ça que je l’aime, aussi. Lui qui me connait sur le bout des doigts et le bout des larmes, qui arrive à me déchiffrer malgré moi, parfois. Et j’y arrive enfin un peu, à le laisser prendre soin de moi à sa façon bien à Lui, dans la tendre perversité comme dans l’adversité sadique. Alors c’est pas plus mal, que ça soit Lui qui décrète s’il est l’heure ou non de la fin des hostilités. Il ne me reste qu’à m’y résoudre, et à me conformer à sa décision. Il est temps. Plus que temps. Et il doit vraiment arriver à un stade de décryptage aigüe de ma personne pour que je me sente autant à l’équilibre, consensus plus que subtil entre le besoin de me surpasser et le risque de m’outrepasser malgré moi.

Ma redescente s’opère toute en douceur, pelotonnée dans le creux que forment ses pieds, mes neurones se réalignent et s’éveillent en plein spectacle de scalpel qui attrape mon regard pour ne plus en décrocher. J’sens bien à son contact que c’est pas sa tasse de thé, son corps est trop tendu, trop enfermé au-dessus de moi. C’est quasi imperceptible mais ça se sent au travers de ses attouchements qui prennent un arrière-gout de carapace tout autour de mes épaules. Je sens tout ça, mais j’peux pas m’empêcher d’avoir des étoiles plein les yeux. Un peu pour les entailles propres et nettes qui se dessinent à mesure des coupures, mais surtout pour ce qui se dégage de la Kajira face à Nous. C’est au-delà de fascinant. C’est hypnotique de la voir comme ça, se cramponner de toutes ces forces et annoncer qu’elle va jouir à mesure que ses écorchures ruissèlent de sang tout le long de son corps. Elle tremble d’une authenticité qui raisonne et se réverbère partout en moi. Et j’trouve ça incroyable. De pouvoir admirer ce spectacle. D’avoir encore cette chance d’être la contemplatrice silencieuse d’une autre démonstration de lâcher prise en puissance, même si ce n’est pas pour atténuer mes évasions fantasmagoriques vampiriques.

Je sens qu’il est tard. Désespérément tard. J’ai absolument pas envie de voir venir la fin de cette soirée, ça me semble bien trop court. Force est de constater à présent que la satisfaction de mes penchants masochistes m’a mise dans un état de feu au cul monumental – ce qui est plus ou moins systématiquement le cas d’ailleurs. Les grosses sessions SM m’ont toujours fait cet effet là. Je donne tous, me libère de tous mes étaux. Et après j’me transforme en folle de cul. Je me colle contre Lui dans des mouvements à peine camouflé lors de nos déplacements à travers le club. Je dois suinter le sexe par tous les pores. Ça me tire de partout et j’suis à la limite du désespoir en voyant qu’il est dorénavant l’heure de rentrer à son domicile familial, endroit tout sauf propice aux pratiques les plus obscènes. C’est l’ultime bataille de mon cerveau sur le corps, il est à l’affut, au détail près. J’y crois à chaque recoin de rue, à chaque zone d’ombre d’immeuble. N’importe où ferait l’affaire. N’importe où plutôt que de rester en manque de Lui comme ça. Je suis exténuée. La fatigue me pique les yeux mais j’arrive pas à avoir envie d’aller me coucher. Aller se coucher c’est être séparé, et ça me semble déjà bien trop tôt.

Quelques heures. Ça fait à peine quelques heures…

Nous sommes posés sur le canapé alors que mes mains s’affairent à parcourir et délasser son corps, quand je le sens se tendre à mesure qu’il se détend. Sa rigidité vient alimenter le feu entre mes cuisses et le brasier intérieur qui doit être la seule chose me tenant encore éveillée malgré l’heure avancée. Je bondis littéralement sur le premier geste qu’il initie à la faveur de la satisfaction de ma famine sexuelle, ni une ni deux pour le chevaucher en étouffant le soupir de satisfaction en le sentant enfin se faire sa place entre mes tissus dégoulinants. C’est divin, digne d’une oasis après la traversée du désert. Je garde un visu sur l’entrée du salon, zone sensible d’arrivée inopinée de petit monstre insomniaque, et commence les vas et vient en le surplombant.

Silence. Garder le silence ab-so-lu.

Cliquetis du métal du collier à chaque déhanchement.

  • T’aurais pas pu choisir plus discret en matière de collier ?
  • Non il beau mon collier, magnifique mon collier.
  • Ouais mais là il fait chier.

J’me sens tiraillée comme rarement, entre le besoin pulsionnel d’accélérer le coulissement de son membre entre mes lèvres gonflées d’excitation et l’épée de Damoclès qui pèse sur Nous au moindre mouvement. J’suis à deux doigts de craquer et de le supplier de me coller sur son balcon pour me tringler une bonne fois pour toute comme il se doit mais ça fait encore trop de variables à gérer pour une heure bien trop avancée. Et mon esprit commence à arriver à un seuil critique de fatigue. Alors le seul truc qui me vienne à l’esprit c’est de me débarrasser de l’anneau de métal qui me cercle le cou.

Le cadenas est mort, autant en profiter. Et à choisir entre le collier et son foutre, y a pas à tergiverser.

Je retrouve ma liberté en même temps que celle de nos coups de reins qui se teintent de l’intensité qui leur est due. Je verrouille mes cordes vocales tout en m’abandonnant à son laboure entre mes jambes, mon bassin vient se coller au plus proche du sien avant de reprendre distance et le sentir coulisser à nouveau tout le long de mes parois glissantes pour se loger au fond de ma chatte. C’est l’ultime assaut, dernier élan qui va achever le cerveau déjà bien attaqué, et toute cette bataille entremêlée de fluide se passe dans un silence royal. Je me concentre sur chaque nuance musculaire que son corps envoie au mien, ce sont eux qui parlent ce soir, nos deux enveloppes de chair qui se donnent la réplique en étouffant gémissements et râles. Corps à corps accéléré jusqu’au dénouement orgasmique qui me crève de part en part, jusqu’à ce qu’il se répande en moi et que tout mon être rende enfin les armes une fois cette soif étanchée. La torpeur et la léthargie nous envahissent en quelques battements de paupières, et j’sens bien qu’il doit faire au moins autant d’effort pour se décoller de là que moi pour le laisser partir. J’en ai aucune envie, mon cœur vrille de le voir s’éloigner, mais le contrecoup de ces dernières heures reprend le dessus. Je prends tout juste le temps de décrasser mon visage des résidus de maquillage, contemple le sang séché étoilé sur mes jambes avec une délectation que même la perspective d’en chier demain sous la douche n’arrive pas à altérer, puis part m’enrouler dans le plaid à ma disposition pour sombrer aussi sec dans le canapé.

4h de sommeil, c’est pas beaucoup.

Vraiment pas beaucoup. Mais le stress de louper mon train est plus fort que mon ascendant marmotte. Je me dirige vers la douche, essaye de paraitre plus au taquet – moins serait difficile cela dit – et de décoller les résidus sanglants laissés de côté la veille faute d’énergie. Je sors de la douche en entendant les cavalcades du minimoy number one et ouvre la porte sur la famille complète qui s’éveille au rythme des montres enfantins. J’ai pas vraiment le temps d’m’étendre, il est totalement proscris que je rate mon départ, et je remballe mes affaires avec une efficacité très moyenne faute de connexions neuronales en état de fonctionnement opérationnel. J’pousse la précipitation jusqu’à zapper l’étape café, signe qu’il est grand temps que je me bouge le cul. Je marche au pas de course jusqu’au métro, yeux rivés sur l’horloge de mon téléphone à chaque minute en espérant pas me paumer dans une gare que j’ai jamais traversé. J’trace comme mes années dans la foule parisienne me l’ont appris, file et me faufile entre les personnes à la vitesse maximale que me permettent mes jambes de demi-portion.

And we run, for this killing love
And we run, tell me how it’s enough
And we run, til we never done
And we run til we fall apart
And we run til we’ve had enough

Train tout juste annoncé. Les passagers commencent à s’attrouper. Ça sera pas de café du tout, la flemme de faire la queue. Pour dire si c’est la course. Le quai me parait interminable, les wagons s’enchainent les uns les autres jusqu’à ce que j’arrive à l’avant dernière voiture pour enfin me poser dans ce fichu train.

Le soleil est radieux, il perce et rayonne à travers les vitres du TGV lowcost. Le siège à côté de moi est pas occupé et me permet de gratter la place près de la fenêtre tout en étendant mes jambes. Un groupe de quatre greluches femelles parlent bruyamment et envahissent le wagon de leurs rires à gorge déployée. J’monte le son du casque et m’engouffre sous ma veste. 2h de repos supplémentaires, il est pas question de cracher dessus étant donné le weekend qui m’attend.

La robe Lui a plu…

Sourire intérieur et irradiation de l’âme. Une tendresse toute particulière pour mes muscles endoloris, cette douleur paresseuse et latente qui fait du bien. Les entailles de la peau picotent à chaque mouvement.

La cicatrisation sera un peu plus longue que prévu…

Encore un sourire.

Tous droits réservés ©️ Poulpy Dathor 2019 – Journal d’une bourgeoise délurée

Adrenaline

Points

Cette année je voulais relever un défi, participer au PNE, le prix de la nouvelle érotique.

Ce prix se déroule la nuit du passage à l’heure d’hiver, une nuit blanche pour écrire, du café en perfusion, et deux contraintes, un contexte de situation et terminer par un mot imposé.

Mais à cette date je n’étais pas disponible je n’ai pas pu concourir, et peut-être que je n’aurais pas été retenue lors des présélections, je ne suis pas écrivain, juste une blogueuse. Mais j’avais envie d’écrire cette nouvelle et de savoir si j’étais capable d’écrire un texte à la demande.

Je ne suis pas certaine d’avoir compris le thème imposé, mais voilà le texte que cela m’a inspiré, j’espère qu’il vous plaira.

CONTEXTE DE SITUATION : « ONE MORT TIME »
MOT FINAL : ENTONNOIR

Points

Mes fantasmes deviennent de plus en plus obsessionnels, j’ai besoin d’aller plus loin, d’assouvir cette soif de découverte, ce désir de ressentir de nouvelles sensations…

J’ai besoin de connaitre mes limites et surtout de les dépasser.

Depuis un an je ne baise plus, je n’en ai plus envie, le sexe ne me suffit plus, je m’ennuie au lit. Peu importe le genre de mon partenaire… homme… femmes… T-girl… A chaque fois je reste sur ma faim.

J’ai besoin d’adrénaline, de perversions et de douleurs maîtrisées, j’ai besoin d’avoir peur…

Cette peur qui m’excite… celle qui ouvre ma chatte et trempe l’intérieur de mes cuisse…

La première fois que j’ai ressenti l’effet de la peur c’était il y a deux ans, une de mes premières rencontres après une longue période d’abstinence. Je m’étais inscrite sur un site, j’avais accepté un rendez-vous au bar d’un hôtel.

Je n’étais pas habituée, j’avais déjà une boule au ventre, je ressentais les premiers effets de la peur.

Nous nous sommes retrouvés au bar, il m’attendait sûr de lui. Il a ôté mon manteau, de son regard noir il m’a détaillé de la tête aux pieds, a dégrafé un bouton de mon chemisier – je devais certainement être trop sage à son goût – il a passé sa main sous ma jupe…

Je me sentais honteuse, j’avais l’impression d’être une jument avant une vente…

Nous nous sommes assis, il a commandé une coupe de champagne sans me demander ce que je souhaitais, nous n’avons pas échangé un mot, juste des regards. J’étais mal à l’aise mais très excitée et il le voyait.

Je crois que ce soir-là j’ai descendu ma coupe de champagne comme une assoiffée.

Il s’est levé, m’a saisi fermement le bras, je me suis laissé faire, je ne savais pas ce qui m’attendait je savais juste que j’avais peur et que cette peur m’excitait. Nous avons pris l’ascenseur, il me fait entrer dans une chambre. Il me retourne, me plaque fermement contre le mur, une main sur ma bouche l’autre à l’intérieur de mes cuisses, je suis trempée, totalement ouverte. Mes jambes tremblent, je sens ses doigts me fouiller, son pouce malaxer mon clitoris…Oh pas longtemps… Juste le temps de vérifier que je suis prête à subir ses assauts… Sa main me laisse enfin respirer, il dégrafe son pantalon… Je sens sa queue me pénétrer… Son souffle… Son corps écraser le mien contre cette paroi… ses mains pétrir ma chair. Il est brutal, il ne m’a pas fallu cinq minutes pour jouir.

La peur avait remplacé les préliminaires bien plus efficacement.

Je l’ai quitté le lendemain matin, très tôt en sachant que je ne le reverrai pas.

Il m’a fallu du temps pour accepter ce que j’ai fait ce soir-là, suivre un inconnu dans une chambre d’hôtel, ne rien savoir de lui, me laisser malmener et y prendre du plaisir… Comprendre que la peur est une de mes sources d’excitation…

Pendant quelques temps j’ai repris une vie sexuelle plus classique, mais le besoin d’adrénaline est très vitre réapparu, ressentir à nouveau les effets de la peur…

Dès que je le pouvais j’organisais des rendez-vous avec des inconnus, j’aime être attachée, avoir les yeux bandés… Ne pas savoir… Me laisser utiliser…

A chaque fois des rencontres uniques… mais elles finissent par toutes se ressembler…

Je n’arrive plus à lâcher prise, Il me faut autre chose…

La douleur est une de mes autres sources d’excitation…

Pas la douleur que l’on a tous connu en se blessant…

Non, une douleur recherchée, une douleur qui vous fait décoller, une douleur qui vous grise comme l’alcool, une douleur qui vous met dans un état second…

Je retrouve cette adrénaline dans des jeux de bougies ou d’impact, toujours contrainte et aveuglée. J’aime ça, j’aime être à la merci de mon tortionnaire.

Les bougies sont un de mes jeux préférés, je suis réceptive à la chaleur.

M’épiler m’excite, pendant que la cire fond dans l’appareil je dois aller me laver et me sécher… je suis déjà trempée…

Je dépose la cire brulante sur mon sexe… C’est douloureux mais que c’est bon…

Il m’est arrivé de me brûler à m’arracher la peau sans que ça fasse retomber mon excitation. A chaque fois mon sexe dégouline, mon vibromasseur n’est jamais loin.

Quand je m’épile je sais quand la cire va toucher ma peau, je gère, je maitrise. Mais quand on joue avec mon corps je suis dans l’attente, je suis à la merci du bon vouloir de mon tortionnaire. L’attente est douloureuse, excitante. Ma chatte est sous tension, elle souffre de la faim.

Quelle étrange sensation que la caresse de la brûlure. Les gouttes de cire tombent sur ma peau, elles atterrissent sur mon ventre, mon sexe, le premier contact est violent, brulant, ça ne dure qu’un court instant.

Les gouttes sont comme des galets qu’on jette sur l’eau, leur atterrissage est rude pour laisser la place à des ondes de plaisirs, plus la cire tombe plus les ondes sont puissantes et pénétrantes laissant remonter une divine sensation tout le long de mon échine.

Mon bas ventre est en feu, enflammé par un besoin qu’on me fasse gicler pour éteindre cet incendie. Je ne sais plus ce qui coule entre mes cuisses… La cire des bougies ou le jus de mon sexe.

Mon tortionnaire glisse ses doigts dans mon vagin, il les retire me les fait lécher…

Je lèche, je me régale… Une claque sur ma chatte, deux claques, il continue de plus en plus fort. La dernière goutte de cire, plus proche de mon sexe, quelques centimètres, celle que je n’attendais pas. Un cri rauque sort de ma gorge, je râle, je me cambre. La jouissance libératrice, celle dont j’avais tant besoin.

Il me laisse souffler, mais rien n’est fini. Il faut enlever la cire, j’ai froid, je plane encore, les effets de l’adrénaline. Il me saisit, me contraint fermement. Je ne peux pas bouger, je sens la lame de son couteau parcourir mon corps, cette lame qui peut m’entailler à tout moment. Je ressens la peur au ventre, c’est bon, c’est excitant…

S’obliger à rester immobile, rester immobile avec une putain d’envie de jouir. Peur de jouir, peur d’être tailladée par cette lame au moindre mouvement. De nouvelles sensations…

Un orgasme muet, puissant, invisible… Lui sait…

Le corps n’a pas pu s’exprimer, j’ai cru que mon cerveau aller éclater. J’ai eu peur, une autre peur, une peur irraisonnée de ne plus pouvoir revenir.

Peur de mourir de plaisir…

Ces moments sont rares et précieux. Je ne fais plus de rencontres classiques, je n’en ai plus envie. Je me satisfais seule, avec mes jouets. Mais c’est de plus en plus difficile. Un vibro, deux vibro, parfois trois… Il faut bien ça pour que ça claque encore dans ma tête, je jouis, plusieurs fois… je sais que je peux connaitre autre chose. J’insiste, je continue, ça devient insupportable, douloureux, j’en veux encore, mais mon clitoris ne tolère plus le moindre contact… je voudrais aller au-delà de cet orgasme mécanique, aller au-delà du supportable… mais j’ai la trouille ! la trouille d’y rester… la trouille que mon cerveau lâche… La trouille de ne plus être capable de revenir…

Seule je n’aurais jamais le courage de franchir cette limite, on ne peut pas forcer l’orgasme soi-même. J’ai déjà assisté à des séances d’orgasme forcé en réel et en cam. Une femme est attachée elle ne peut pas se délivrer, elle ne peut pas esquiver le vibromasseur de son tortionnaire. C’est très impressionnant. A chaque fois je serre les dents, les fesses, les cuisses. Tout ça bien fermé rien ne risque de passer. Ça a l’air tellement intense. Elle subit, elle se débat, parfois elle convulse, elle hurle, impossible de savoir si ses cris sont dus au plaisir ou à la douleur. J’ai l’impression qu’à la place de cette femme je ferais une crise cardiaque !…

J’ai besoin de savoir, besoin de connaitre cet orgasme suprême, ce graal… Mon graal…

Deux peurs se télescopent. Celle qui m’excite et celle qui me fait reculer.

Mais aujourd’hui celle qui m’excite a pris le dessus, elle a gagné.

Le hasard des rencontres m’a mis sur le chemin d’un couple, nous nous sommes déjà croisés, jamais intimement, mais j’ai confiance, j’ai confiance parce qu’elle elle sait, elle connait le graal. Je les ai vu en cam, elle était attachée subissant les vibrations du fairy black, dans l’impossibilité de se dérober, lui usant et abusant de cet instrument de torture.

Depuis je n’ai cessé d’y penser… de fantasmer…

Lors d’un diner, nous nous sommes revus, nous avons échangé, elle voudrait me dominer, je n’aime pas être dominée par une femme. Mais j’ai accepté, j’en ai envie,  je lui ai confié mes désirs et mes craintes. Ils vont me faire découvrir autre chose, de nouvelles sensations. Je leur ai donné carte blanche, je suis joueuse, la présence de cette femme me rassure. Une soirée ou je vais me soumettre, une soirée ou mes deux sources d’excitation la douleur et la peur seront exacerbées par la contrainte et la privation de la vue.

Une soirée clôturée par cet orgasme forcé que je redoute tant.

Mes deux peurs se télescopent toujours, parfois la peur de ne pas revenir prend le dessus.

N’appelle-t-on pas la jouissance la petite mort.

Un célèbre président est mort en épectase… son ultime orgasme, sans doute le plus beau.

Bientôt je vais atteindre “mon graal”, peut-être ma seule et unique fois.

One more time…

One more time…

One more time…

One Mort time…

Le rendez-vous est pris, je ne peux plus reculer, je ne veux pas renoncer. Je compte les jours. Mon excitation croît autant que ma peur. Je dois la maintenir, l’amplifier, je voudrais la concentrer pour mieux en profiter. La mettre en bouteille, pour pouvoir l’inhaler  et me shooter avec le jour venu.

Chaque jour d’angoisse, chaque jour d’attente est un grain de sable dont je remplis cette bouteille.

Pour ne pas perdre un seul de ces grains de sable je les fais passer par un entonnoir…

Tous droits réservés ©️ Mitsouko 2018 – Journal d’une bourgeoise délurée

 

Justeunefemme

Mon parcours dans le libertinage m’a permis de confirmer ce que je recherche chez un homme, ce que j’attends de lui, j’ai toujours aimé les hommes dominants et mon évolution ces dernières années m’a naturellement guidée vers la communauté BDSM. Mon annonce n’a jamais changée, je n’ai pas eu besoin de modifier celle que j’avais rédigée quand j’ai débuté dans le libertinage… Comme quoi…

“J’aime les hommes dominants et directifs…
Respectueux et attentionnés…
Forts… tout en douceur
Surs d’eux… mais capables de s’abandonner…
Capables de me soulever… sans me bousculer…
Me maintenir… sans contrainte…
Faire de moi leur objet sexuel… sans me considérer comme un objet…
Dominants sans avoir besoin de « soumettre »…”

En allant vers cette communauté j’ai découvert d’autres jeux, des jeux dont j’ai maintenant besoin tout autant que j’ai toujours eu besoin d’un homme directif.

Mais je ne suis pas à la recherche d’un Maitre, et je ne cherche pas à me soumettre.

Je sais aussi que les rencontres sans lendemain ne me suffisent plus, que j’ai besoin d’avoir à mes côtés quelqu’un en qui je puisse avoir une totale confiance, cette confiance qui nous permet vraiment de lâcher prise, de ne plus faire attention, de ne pas se retenir, de libérer la parole et les gestes, toutes ces petites choses que nous nous devons de contenir quand nous jouons avec un partenaire occasionnel.

Après avoir utilisé les sites libertins, je tente les sites BDSM, mai au final c’est la même chose, on retrouve à peu près les mêmes profils, les mêmes annonces, les mêmes messages… La plupart de ces hommes dit “dominants” recherchent des femmes soumises dès les premiers mots échangés, ils se ferment à la diversité… Soumise… point barre !

“Homme dominant cherche femme docile”

Vous me ferez remarquer que c’est normal puisqu’ils sont des Dominants et que leur alter égo “logique” est une sub…

Mais la moi je bloque… la bourgeoise délurée que je suis est déstabilisée par les codes de la rencontre D/s. Je les trouve trop “formatés” ils manquent de spontanéité, ils ne laissent pas de place ni aux émotions ni à la séduction… chaque fois que je suis entrée en contact avec un “Dominant” j’ai le plus souvent eu l’impression de répondre à un “appel d’offre”.

Sur Facebook il m’est arrivé de répondre à un homme qui avait posté une annonce qui ressemblait à une offre d’emploi…

“Et vous qu’est-ce que vous proposez ?”

C’est vrai que le reproche que je lui ai fait je pourrais aussi me le faire…
Mais sur mon annonce, je ne propose rien, et je ne dis pas “JE VEUX“, je dis simplement ce que j’aime sans fermer la porte à d’autres.

Et puis proposer quoi ? Donner quoi ?
Pour proposer quelque chose à quelqu’un il faut le connaitre un minimum…
Je ne prévois pas ce que j’ai à donner, c’est selon la personne et ce qu’elle m’inspire, c’est un peu comme quand vous invitez quelqu’un à diner, pour certains vous commanderez des sushis et achèterez une bonne bouteille de chablis, pour d’autres vous vous mettrez pendant deux jours aux fourneaux pour faire un coq au vin accompagné d’un Pommard, tout dépend de ce qu’ils aiment, de ce que vous savez faire et de vos envies.

Et que ce soit des sushis ou un coq au vin, pour moi le plaisir de recevoir et de donner reste le même

Contrairement au libertinage, la plupart des personnes de la communauté BDSM cherchent une relation à long terme, il faut bien se connaitre et établir une relation de confiance pour être libre d’exprimer ses envies et de repousser ses propres limites, il est donc légitime d’avoir certains “critères de sélection”.

Mais finalement ces annonces ainsi rédigées ne faussent-elles pas la rencontre…
Ne nous privent-elles pas de belles aventures ?
Celles que nous pourrions faire en fonction du nombre de cases cochées, sont-elles vraiment sincères et viables ?

Je m’explique, une Soumise ou un Maitre se retrouve “sur le marché du célibat”, certains et certaines vont être intéressés, comme elle ou il est demandeur, celui-ci est en position “de force”, il interroge, dirige, oriente vers ce qu’il attend questionne sur ce que vous êtes capable de proposer, si la personne en face ne se sent pas capable de répondre à ses attentes elle va abandonner, ressentant certaines questions comme une pression, déçue peut-être parce qu’elle aurait bien aimé, qu’elle était attirée mais ne se sent pas à la hauteur et préfère renoncer parce qu’elle sait que le demandeur ne sera pas satisfait et qu’elle risque de vivre cette relation comme un échec, une humiliation… ou alors elle veut tellement être “sélectionnée et retenue” qu’elle peut aussi prendre le risque de se “survendre” en promettant qu’elle est capable d’offrir “les services” tant attendus, et la forcément si elle n’en est pas capable et qu’elle a menti sur “ses aptitudes» ça ne peut être que déception pour l’un et l’autre…

Dans tous les échanges que j’ai pu avoir avec ces hommes, “ma soumission” ou “ma domination” reviennent systématiquement dans la conversation, oui parce que si je ne suis pas soumise je suis forcément dominante… ou swich mais quand on est swich on est quand même plutôt soumise ou plutôt dominante… et à chaque fois je suis de nouveau obligée de me justifier et d’expliquer…

Dernier échange “Quel est votre cheminement pour aborder votre soumission”… et bla et bla et bla…

Au final avec ces hommes, même si je les trouve intéressants je finis par renoncer, ils ne sont pas capables de voir la personne que je suis, ils voient seulement “le statut” qui leur plairait que je sois ou celui qu’ils voient en moi (soumise, Domina, Brat, souminatrice, etc, etc…)

Est-ce que je suis un chef étoilé parce que je suis capable de faire un coq au vin ?
Est-ce que je suis sportive parce que j’ai plusieurs paires de baskets ?
Est ce qu’on nait féministe ou on le devient ?
Est ce qu’on nait anarchiste ?
Est ce qu’on nait soumise ou Domina ?

Comment pourrais-je leur dire oui vous avez raison…
Comment pourrais-je me définir soumise ou Domina, je n’ai jamais été ni l’un ni l’autre…

Vouloir m’imposer un qualificatif “soumise ou dominante” finit par me mettre en colère, la même colère que j’éprouve quand on met en doute mon féminisme sous prétexte que j’aime porter des talons et des jupes, ou que j’apprécie de chouchouter un homme que j’aime.

Je ne vous dirai jamais que je suis soumise, simplement parce que je ne peux pas vous promettre d’obéir, d’adopter les fameuses 12 positions, le protocole, que si je veux m’asseoir sur un fauteuil je ne vous demanderai pas la permission je le ferai, que vous ne choisirez pas ce que je porterai en soirée, que si j’ai envie de vous dire Merde, je vous le dirai, que si j’ai envie de vous dire que ce que vous me faites ne me plait pas je vous le dirai, que si j’estime que vous me fouettez mal le cul je vous le dirai et que j’essaierai de vous guider pour que j’y trouve du plaisir, que je ne baisserai pas la tête pour votre plaisir, et que je ne ferai jamais rien pour faire plaisir à un homme si ça ne me convient pas même si je l’aime.

Comme je ne vous dirai pas que je suis Domina parce que je ne sais pas faire, que même si j’aimerai vous faire plaisir j’aurai peur de vous blesser, que je ne pourrai pas vous humilier si c’est ce que vous souhaitez, que devenir votre Déesse ou votre Reine ne m’intéresse pas et ne me plait pas, parce que je suis aussi une femme indépendante et être indépendante pour moi ne veut pas dire avoir un “boy à tout faire”. Que je ne veux pas être couverte de cadeaux, je n’aime pas les cadeaux sauf ceux qui ont un vrai sens. Et que je déteste qu’on me lèche les pieds au sens propre et figuré. Et que même si je suis directive, je n’ai pas envie de décider pour vous, que je préfère être dans le partage.

Tout ça peut paraître très caricatural, mais c’est ce qui ressort de la plupart de mes échanges.

Nous sommes des hommes et des femmes avant tout, et s’il y a un vrai feeling entre deux personnes, pourquoi bloquer sur “ces qualificatifs”

Une de mes amies m’a récemment fait remarquer que je n’aime que les hommes dominants, je lui ai dit d’aller voir mes témoignages sur wyylde, certains venaient d’hommes qui ne correspondent pas à ma recherche, bien au contraire mais il y a eu un feeling et nous avons mis de côté nos critères pour nous rencontrer et vivre de jolis moments.  Sans oublier deux belles rencontres que j’ai fait je les aurais sans doute ratées si nous étions restés sur nos seules recherches, nos seuls critères de sélection, sans ces rencontres je n’aurais jamais vécu tous ces moments magiques, je n’écrirais pas, je n’organiserais pas, je n’oserais pas exprimer mes envies, je n’oserais pas être moi-même, et pire je ne m’assumerais pas.

J’ai une vision particulière du “Mâle dominant”, je me suis aperçu qu’elle choque, je le compare à un combattant, un meneur, un homme qui aime les défis, prêt à les relever… A un toréro qui cherche à faire plier le taureau qui le provoque, ou au cowboy qui monte un cheval sauvage pour finalement l’apprivoiser…

N’y a-t-il pas plus de plaisir à soumettre un animal sauvage et obtenir sa reddition ?

Obéir m’ennuie…

Certains y percevront une demande de violence…

Non, je n’aime pas les hommes violents, et je ne permets pas à un homme de l’être.
Mais quand j’ai une relation avec un homme, j’aime une certaine forme de brutalité.
J’aime qu’il me plaque contre le mur, j’aime qu’il me saisisse le bras fermement pour m’attirer à lui, j’aime le ton de sa voix affirmé, j’aime son coup de pied pour me faire écarter les jambes, j’aime le sentir sur de lui. Mais j’aime aussi pouvoir me blottir dans ses bras, me sentir protégée, devenir chatte et me frotter contre lui sans vergogne…

Je ne cherche pas de Maitre, juste un homme capable de me suivre, de proposer mais aussi de me ralentir quand c’est nécessaire, un homme qui enrichirait mes fantasmes et ma perversité, mais aussi un homme à qui je pourrais parfois confier les rênes… et surtout quelqu’un qui me laisse être qui je suis sans vouloir me transformer comme lui voudrait que je sois.

Un homme qui voit d’abord en moi une femme, avec ses défauts et ses qualités.

Ah mais ouiiiiiii voila c’est ça… j’en imagine certain.e.s me qualifier de Brat ou de souminatrice…

Non je ne suis ni l’une ni l’autre, je ne me rebiffe pas pour le plaisir de contredire, le plaisir d’énerver monsieur…

Non je provoque pour en tirer du plaisir.

M’agenouiller devant vous en tendant la cravache ne me fera ni chaud ni froid… au mieux ça m’ennuiera au pire ça m’énervera et je m’en irais.

Mais obligez-moi à mettre genou à terre et la louve que je suis vous regardera fièrement droit dans les yeux les cuisses dégoulinantes

Accepter de se sentir dominée ne veut pas dire se soumettre…
C’est “lâcher prise”… Faire confiance, accepter de se laisser guider…
S’en remettre à l’autre… Mais pas à n’importe quel autre…

Juste se sentir femme…
Une femme mise en valeur par l’étreinte et le regard d’un homme…

Les codes de la rencontre D/s manquent de séduction…

J’ai essayé et j’essaye encore… et même quand je suis très attirée par la personne je ne sais pas fonctionner de cette façon. Je ne sais pas répondre à des critères, j’ai besoin de séduire et d’être séduite, d’être troublée de ressentir le trouble de l’autre, de rentrer dans un jeu de séduction, le jeu du chat et de la souris, de chasser et d’être chassée…

Et qui sait…
Peut-être qu’un jour la louve Alpha se transformera en petite chienne docile…
Mais n’oubliez jamais que même la plus docile des chiennes peut mordre…

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